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Les Autochtones, le 3e peuple fondateur

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Rien n’est plus difficile à concevoir pour les Canadiens, qu’ils soient francophones ou anglophones, que l’égalité avec les Autochtones.

Avec raison. Depuis toujours, on nous rabâche les oreilles que nous sommes les peuples fondateurs d’un Canada né à Charlottetown le 1er juillet 1867. Cette notion des deux peuples fondateurs a dominé, depuis, notre discours et notre action politique. 

Je n’en veux pour preuve que les terribles écoles résidentielles. Pendant 175 ans, elles ont assimilé les enfants des Premières Nations pour les fondre dans l’un ou l’autre des deux peuples « fondateurs », selon leur lieu de naissance. 

Nos grandes institutions culturelles sont aussi financées sur la base de deux peuples fondateurs. Les fonds publics dont elles jouissent sont attribués presque moitié-moitié dans le cas des deux réseaux de Radio-Canada ou sur la base des deux tiers un tiers (en faveur des anglophones) dans les autres cas.

C’est en 1982, lors du rapatriement de la Constitution, que les Indiens­­­, les Métis et les Inuits furent reconnus comme peuples autochtones. Depuis, leurs revendications n’ont pas cessé de s’accentuer, en particulier dans l’Ouest canadien, en Ontario et au Québec. Elles prennent parfois une tournure dramatique, comme c’est le cas avec le blocus de nos principales voies ferroviaires.

UNE CAUSE QUI AVANCE LENTEMENT

Malgré quelques progrès, la cause des Premières Nations avance à pas de tortue. Les Autoch­tones restent la population la plus défavorisée du pays, celle qui est en plus mauvaise santé. Leur état de pauvreté et d’illettrisme est de loin supérieur à celui de tous les autres Canadiens. Un dîner, un festival ou toute autre manifestation, qui commence avec un maître de cérémonie précisant « qu’elle se tient dans un territoire non cédé », n’a jamais fourni d’eau potable ou de logements salubres aux Autochtones­­­.

C’est par la télévision, le cinéma et les arts que les Premières Nations­­­ réussiront à se faire entendre et à s’imposer, bien plus que par des blocus. Le CRTC en a fait la preuve en donnant son aval au Réseau de télévision des peuples autochtones (APTN), le premier du genre au monde. Le réseau est devenu un diffuseur qu’on peut capter d’un océan à l’autre, donnant ainsi une voix aux Autochtones et à leurs communautés nordiques isolées, qui n’en avaient jamais eu.

UN OFFICE AUTOCHTONE AUTONOME

Il y a deux ans, sous l’impulsion du Fonds des médias du Canada, le Bureau de l’écran autochtone (le BEA) a vu le jour avec à sa tête Jesse Wente, un Ojibwé qui fut longtemps commentateur à la radio de la CBC. Ce nouvel office du film et de la télé est désormais maître à part entière des moyens à prendre pour soutenir la création chez les Autochtones.

Directeur des affaires politiques du « méchant » Netflix, Stéphane Cardin a compris que la cause autochtone pourrait très bien servir l’image de son entreprise. Il a donc conclu des ententes avec le Wapikoni Mobile, un studio ambulant qui sillonne les territoires autochtones, avec ImagineNATIVE, le plus grand festival des arts autochtones au monde, en plus de créer avec l’INIS et le BEA des programmes d’apprentissage à l’intention des Autochtones.

Lorsque les deux peuples fondateurs auront compris qu’un troisième peuple, tout aussi fondateur qu’eux, a des droits identiques, la cause autochtone aura franchi un pas décisif.