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Justin Trudeau, grand chef national des «Premières Nations»?

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau
Photo AFP Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau

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Justin Trudeau va-t-il adopter la ligne molle avec les manifestants autochtones? Va-t-il céder sur toute la ligne, en demandant peut-être, en retour, pour sauver la face, une concession mineure aux chefs traditionnels non élus wet'suwet'en? Je crains que oui. En échange de la fin du blocage, il va reconnaître leurs revendications territoriales sur la zone où sera construit le gazoduc. 

Sa ministre des Affaires autochtones, Carolyn Bennett, a d’ailleurs proposé aux chefs héréditaires de se rendre à Smithers, en Colombie-Britannique, pour engager des discussions à ce sujet, mais aussi, oui, oui, sur la question «urgente» du blocus ferroviaire.  

Le fait est, et il faut le souligner, que le pipeline passe sur les terres ancestrales des Wet’suwet’en avec le plein accord de leurs chefs élus. Je rappelle que la Coastal GasLink a respecté toutes les directives réglementaires et les normes environnementales, et qu’elle a également signé des ententes sur le pipeline avec les 20 conseils de bande tout le long du tracé, dont six conseils élus de la tribu wet’suwet’en.  

Les quatre chefs traditionnels wet’suwet’en savent sur qui ils peuvent et doivent compter. Ils s’en viennent rencontrer les Mohawks qui perturbent la circulation ferroviaire de l’est du Canada pour les encourager. Les Mohawks ont déclaré qu'ils ne démantèleraient pas leur blocus avant que la GRC ne quitte le territoire des Wet'suwet'en, dans le nord de la Colombie-Britannique. La GRC a déjà dit qu’elle allait céder là-dessus.  

Cette crise locale a pris une ampleur nationale parce que les Mohawks ont décidé de bloquer des lignes de chemin de fer stratégiques en Ontario et au Québec.  

La reddition tranquille que semble envisager le gouvernement Trudeau ne va qu’inciter les Mohawks et les autres tribus qui ont des revendications territoriales à adopter une stratégie de blocage des voies ferroviaires ou d’autres moyens illégitimes pour faire avancer leur cause. Les Mohawks, qui revendiquent plusieurs prétendus «territoires non cédés» de la région de Montréal, ont aussi les moyens de bloquer le pont Mercier et le pont de Cornwall.  

De nombreux chefs autochtones ne sont pas du tout d’accord avec le blocage des lignes ferroviaires. Le président de la Coalition nationale des chefs, Dale Swampy, dénonce le rôle joué par les groupes de militants écologistes dans cette crise. Parlant à APTN News, la chaîne de télévision autochtone, Swampy a rappelé que la plupart des leaders autochtones à travers le pays soutiennent le projet de la Coastal GasLink. 

Swampy a souligné que la majorité des manifestants anti-pipeline sont des écologistes non autochtones qui n'ont aucun lien avec les Premières Nations. Il a même avancé que des manifestants indigènes étaient payés par des groupes environnementaux pour protester: «Ils choisissent des personnes sans emploi, sans éducation, qui vivent dans la pauvreté et reçoivent des prestations sociales», a-t-il dit, ajoutant: «C'est une réelle préoccupation, pour nous, que ces écologistes corrompus profitent de nos pauvres gens, les plaçant devant la GRC.»  

Ces accusations, auxquelles, je le souligne, il n’a pas apporté de preuves, méritent d’être fouillées. Un autre leader indigène, Andrew George, appuyant Swampy, a dit à APTN News que des agitateurs professionnels utilisaient les chefs traditionnels wet'suwet'en pour faire avancer leur programme politique écologiste.  

Il y a 634 «Premières Nations» au Canada. Certaines d'entre elles, qui n’ont pas encore de revendications territoriales, vont voir dans cette crise l’intérêt d’en avoir, ainsi que la façon dont il faut s’y prendre pour faire céder le gouvernement fédéral. Bienvenue au Canada de demain.