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L’«avantage» Guy Nantel

Guy Nantel
Photo Ben Pelosse

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C’était écrit dans le ciel. Candidat à la chefferie du Parti québécois, l’humoriste Guy Nantel mène dans un premier sondage.  

À la question «qui ferait le meilleur chef du Parti québécois?», dans ce sondage Léger-Le Journal, publié le 20 février, Guy Nantel récolte 38% d’appuis. Le député péquiste Sylvain Gaudreault, 16%. L’avocat Paul St-Pierre Plamondon, 5%. L’historien Frédéric Bastien, 4%. Le tout, avec un beau gros 36% d’indécis. 

Mais attention. Ce sondage a été réalisé exclusivement auprès d’«électeurs péquistes», alors que ce sont les membres et les «sympathisants» du PQ qui choisiront le prochain chef en juin prochain. 

Qui plus est, la vraie course n’est pas encore véritablement commencée. C’est donc à suivre. 

Il n’empêche que ce premier coup de sonde, s’il n’a rien de très étonnant, est néanmoins révélateur de quelques phénomènes intéressants. 

En politique comme ailleurs, il est très vrai que la notoriété est toujours un avantage. Dans le cas de Guy Nantel, c’est d’autant plus le cas que sa notoriété est en large partie de nature positive. Il est un humoriste populaire et un des très rares au Québec à pratiquer l’humour dit social et politique. 

L’homme est également cultivé et politisé. Ses talents de communicateur sont à l’avenant. Un autre très grand avantage en politique. 

Ce qui l’avantage également est qu’il ne vient pas du sérail péquiste. Cela lui confère d’office un air de renouveau. Que cet air soit fondé ou pas, les prochains mois le montreront. 

Dans la mesure où les appuis au PQ périclitent depuis des années, le simple fait de ne pas y avoir milité lui confère, par définition, un autre avantage non négligeable. 

Cela dit, ce qui le favorise dans l’opinion, pour le moment, pourrait justement aussi le défavoriser au sein même du PQ. 

Parce qu’il est un «outsider», des clans déjà formés et établis de longue date au PQ lui feront la vie dure. Et de bien des manières. C’est dans la nature des choses. À l’interne, personne ne lui fera de cadeaux, et c’est peu dire. 

Guy Nantel sera-t-il capable de s’épaissir la peau suffisamment pour y faire face sans en être trop affecté? Là aussi, les prochains mois le diront. 

Pour les trois autres candidats déclarés, l’arrivée de Guy Nantel dans la course a bien évidemment pour effet de les éclipser presque totalement. Pour leur part, ils auront à ramer encore plus fort pour se démarquer. 

De toute manière, tout reste à faire et à dire dans cette course. La candidature de Guy Nantel apporte tout de même au PQ une solide dose de visibilité, dont il a terriblement besoin. Par conséquent, l’arrivée même de Guy Nantel s’avère également un avantage pour cette formation. 

Au Parti libéral du Québec, c’est une autre histoire. Le même sondage confirme le désintérêt à peu près total que provoque sa propre course à la chefferie auprès de ses propres électeurs. Laquelle course, il faut le dire, est d’une discrétion sans précédent. 

Chez les électeurs libéraux, la députée Dominique Anglade récolte 23% d’appuis. Son unique adversaire, Alexandre Cusson, se contente d’un mini 10% d’approbation. Un impressionnant 68% des répondants ne savent pas. 

Or, ce 68%, c’est la preuve même du grand désintérêt qui règne face à cette course invisible au point où l’on pourrait presque la qualifier de souterraine. Bref, depuis sa défaite historique en octobre 2018, une remontée même modeste n’est toujours pas amorcée. 

Il n’en reste pas moins que pour les deux partis – le PQ et le PLQ -, devant la grande popularité du gouvernement caquiste de François Legault et son immense habilité à occuper la quasi-totalité du terrain dit nationaliste et identitaire, ni les péquistes, ni les libéraux ne l’auront facile. 

Dans un tel contexte, difficile en effet de ne pas se demander si le prochain chef du PQ et la prochaine chef du PLQ, quel qu’ils seront, ne sont pas déjà condamnés à n’être que de passage?