/news/society
Navigation

Au Saint-Hubert du square Dominion

Avant Après
Photo Archives de la Ville de Montréal, Louis-Philippe Meunier. Restaurant ST-Hubert Bar-B-Q près de la rue du square Dominion. – 25 mars 1965. VM94-A0188-004.
photo BEN PELOSSE

Coup d'oeil sur cet article

Put... put... put... St-Hubert Bar-B-Q !

Traversant la rue, cette dame marche d’un pas décidé vers le square Dominion (Dorchester). Derrière elle, un immense poulet annonce la présence d’un restaurant St-Hubert Bar-B-Q. Fondée par Hélène et René Léger sur la rue Saint-Hubert à Montréal en 1951, la petite rôtisserie familiale connaît un succès rapide. Il faut dire que l’année suivant sa création, St-Hubert offre la livraison gratuite à domicile, une première au Canada ! Dans les années 1960, les populaires coccinelles jaunes envahissent les rues de la métropole alors que les clients accueillent le livreur au son de la célèbre ritournelle chantée à la télévision par la populaire comédienne Juliette Béliveau. C’est en 1965 que la fameuse sauce secrète de St-Hubert est commercialisée dans les épiceries et supermarchés. Les rôtisseries St-Hubert Bar-B-Q détiennent alors cinq adresses dans la région de Montréal, dont celle-ci au 1224, rue Peel. L’enseigne fabriquée par Claude Néon cache d’ailleurs le décor original du bâtiment datant de 1926.

L’ancienne terrasse Peel

Si l’édifice du 1214-16 accueille le café Honey Dew et le joaillier Sam Krasnow en 1965, il a perdu depuis son lustre de jadis. Ce secteur de la rue Peel offre aujourd’hui un mélange dissonant d’anciens édifices revêtus d’une enveloppe moderne peu flatteuse. Mais il n’en fut pas toujours ainsi. C’est en 1863-64 que l’on y construit la terrasse Peel : un bloc de dix maisons mitoyennes. Pendant près de cinquante ans, des ouvriers qualifiés et leur famille y résident, ce qui est rare : ce genre de résidences unifamiliales attenantes était habituellement l’apanage de la classe aisée. Au début du XXe siècle, nombre d’îlots d’habitation en terrasse sont convertis progressivement en maisons de chambres. L’ensemble résidentiel de la rue Peel connaît un autre sort, nettement plus mercantile, par sa proximité avec la populaire rue Sainte-Catherine. Les anciennes demeures sont lourdement modifiées, démolies ou même remplacées par de nouveaux édifices commerciaux, comme celui du 1210-12, juste à côté.

Au 1210, rue Peel

En 1965, la taverne Rymark est garante de consommations aseptisées grâce à l’usage de verres stérilisés. L’édifice avait été construit à l’origine en 1903 pour l’élégante boutique d’articles de fantaisie et curiosités de W. J. Clark. Puis, en 1911, une succursale de R. J. Inglis Limited, spécialisée dans la coupe sur mesure d’uniformes militaires et civils, s’y installe. Le commerce est rénové en débit de boisson en 1927-28, alors que Montréal s’ouvre aux touristes fuyant la prohibition. En 1952, la taverne Rymark et le Ace Bridge Club, situé à l’étage, sont cités dans l’enquête Caron comme « le centre du monde de la pègue et du jeu ». Barbottes volantes, prostitution, maisons de jeu : le secteur autrefois si prestigieux de l’hôtel Windsor est visé par l’escouade de la moralité ! Ce n’est qu’en 1987 que la taverne Rymark ferme ses portes après 59 ans d’activités. Ayant conservé le plafond en poutres de chêne et le foyer, le pub irlandais McLean’s y élit domicile en 1992.