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Gros David, petit Goliath?

Amrit Kaur
Photo d’archives Le Conseil national des musulmans canadiens et l’Association canadienne des libertés civiles en conférence de presse lors du dépôt de la poursuite au nom d’Ichrak Nourel Hak

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Le combat biblique entre David et Goliath symbolise le triomphe du petit, à qui l’on ne donne guère de chances au départ, contre le gros méchant. 

Une étudiante de l’Université de Montréal, Ichrak Nourel Hak, qui souhaite devenir enseignante, fut la première figure médiatique de la contestation juridique de la Loi sur la laïcité

Elle disait que le gouvernement lui « arracherait sa carrière tant désirée simplement parce qu’elle porte le hijab ». 

On voit la distribution des rôles envisagée par les metteurs en scène. 

D’un côté, la petite étudiante idéaliste, dans le rôle de David, et de l’autre, le méchant Goliath, le gouvernement, insensible rouleau compresseur de ses belles aspirations. 

Ah, oui ? 

Armée 

J’ai sous les yeux le procès-verbal d’une des récentes conférences de gestion en Cour supérieure. Essentiellement, les parties impliquées organisent les travaux à venir. 

La disproportion des forces est frappante. 

Pour défendre sa loi, le gouvernement du Québec envoie au bâton quatre juristes, dont je ne doute pas de la compétence, mais qui travaillent dans les conditions qui sont celles des avocats du gouvernement. 

Dans ce camp pro-loi 21, on trouve aussi le Mouvement laïque québécois et ses deux avocats, Me Rousseau et Me Côté. 

Dans le camp de la contestation, il y a du monde à la messe, de gros bataillons, de l’artillerie lourde. 

Derrière la sympathique Mme Hak, je vois le Conseil canadien des musulmans, l’Association des libertés civiles, la World Sikh Organization of Canada, Amnistie internationale (section Canada francophone), la Commission canadienne des droits de la personne, le Quebec Community Group Network, la Coalition Inclusion Québec, la Fédération autonome de l’enseignement, le English Montréal School Board et, last but not least, l’Association de droit Lord Reading, celle qui invite à ses activités de financement des juges qui entendent des causes auxquelles elle participe. 

Ils ne sont pas équipés de tire-pois. 

La liste des avocats à leur service se lit comme un who’s who de juristes rattachés à de prestigieux cabinets : Davis Ward Philips & Vineberg, Norton Rose Fulbright, Robinson Sheppard Shapiro, IMK, l’incontournable Julius Grey, et des tas d’autres que je ne peux nommer faute d’espace.  

Dans l’état actuel des choses, si mon décompte est bon, ils sont 21 avocats au dossier du côté de la contestation et 6 du côté gouvernemental. 

Disproportion 

Chaque camp demandera des expertises. 

J’en vois huit du côté des demandeurs. Beaucoup de psychologie là-dedans sur les préjugés, la discrimination, etc.  

Le gouvernement du Québec annonce une seule expertise, celle de l’historien Yvan Lamonde, une authentique sommité, il est vrai. 

Je ne prétends pas que cette disproportion annonce le résultat.  

Les plaignants semblent vouloir s’appuyer sur les articles 23 et 28 de la Charte, auxquels la clause dérogatoire ne permet pas de se soustraire, sur le droit pour les minorités anglophone et francophone à l’enseignement dans leur langue, et sur l’égalité des sexes.  

Hâte de voir la pirouette pour invalider la loi 21 sur ces bases, mais c’est un autre sujet. 

Tout ce que je dis, c’est que David et Goliath ne sont pas qui l’on croit dans cette histoire.