/weekend
Navigation

La force du mystère

Un automne noir
Photo courtoisie Un automne noir
Florian Olsen, Triptyque, 264 pages

Coup d'oeil sur cet article

Et si, en dépit des apparences, le mystère entourant les assassinats de jeunes femmes survenus à Hull il y a quelques années n’avait pas été résolu ?  

L’ouvrage Un automne noir que signe Florian Olsen est un curieux mélange d’agacement et de fascination.

À la manière des séries télévisées ou sur balado où des journalistes refont des années plus tard des enquêtes policières dont on doute des conclusions, le livre met en scène un personnage qui revient sur un crime du passé – fictif celui-là, puisqu’il s’agit d’un roman.  

Ce personnage s’appelle Estara Villeneuve et elle est professeure de sociologie à l’Université d’Ottawa. Dix ans plus tôt, elle était étudiante à l’Université du Québec en Outaouais, à Gatineau. Cet automne-là, des femmes de son âge sont tuées dans la ville, ce qui crée tout un émoi.   

Estara en sera suffisamment ébranlée pour décider maintenant d’écrire sur le sujet afin de raconter « la façon dont la tragédie a désintégré son quartier, sa communauté » – motivation qui n’apparaît guère convaincante et le restera tout au long du récit.  

Par ce procédé, Florian Olsen, dont c’est le premier roman, cherche en fait à mettre en relief des tensions raciales, illustrées notamment par la campagne électorale des plus populistes menée par un des candidats à la mairie. Or ce contexte apparaît plaqué tant il manque de subtilité.  

Rapidement, par contre, et heureusement, Estara se concentrera sur la manière même dont les enquêteurs de l’époque ont travaillé. C’est ainsi que l’on découvre l’intéressant tandem que forment Nasir Hassan, policier de Gatineau, et Mila Scherrer, spécialiste du profilage prêtée par le Service de police de Montréal pour assister celui-ci.  

Sans oublier le journaliste Alexandre Aster, célébrité du monde des faits divers, qui avait été au front lors de cet « automne noir », comme les médias l’avaient surnommé.  

Le roman dès lors fera des allers-retours dans le temps, entre l’hiver où Estara travaille son ouvrage et l’automne des meurtres, dix ans plus tôt. Cette partie-là fait s’accrocher à l’histoire. Il y monte une angoisse bien mise en place par l’auteur.  

Coup de fil   

Car les meurtres en cause sont particuliers. Ils sont survenus dans des pièces closes, dont on n’a vu personne ni entrer ni sortir. Et les victimes sont mortes étranglées par une force hors du commun. Sans oublier ce coup de fil anonyme passé aux policiers par une voix féminine qui annonce : « Il a tué de nouveau ».  

Cette voix – les policiers le découvriront – appartient à Sophie Viau, peintre de talent, mais jeune femme solitaire, égarée, incapable de répondre aux questions qu’on lui pose. Et dans l’impossibilité d’avoir été témoin de quoi que ce soit.  

Comment dès lors expliquer le lien entre tous ces éléments étranges ? Hassan et Scherrer, aux méthodes de travail bien différentes, vont se confronter, d’autant que s’ajoutent les pressions politiques et publiques pour trouver une solution.   

Cela finira mal, ce qui paradoxalement rend ce mystère encore plus prenant.