/finance/pme
Navigation

L’ostéopathe devenu épicier

Thomas Tiberghien a développé au Québec un concept de commerce zéro déchet déjà existant en Europe

Thomas Tiberghien
Photo Pierre-Paul Poulin Thomas Tiberghien, fondateur de Vrac & Bocaux (épicerie zéro déchet), dans sa boutique, à Montréal.

Coup d'oeil sur cet article

Thomas Tiberghien était ostéopathe et rêvait depuis plusieurs années de se lancer en affaires. Mais il ne voyait pas trop comment marier l’ostéopathie et l’entrepreneuriat.

Créer sa propre clinique multidisciplinaire ? L’idée ne le branchait pas trop. En plus, le marché commençait à être saturé. Là où il y avait un besoin à combler, par contre, c’était du côté des commerces zéro déchet.

« Le concept marchait bien en Europe, alors qu’il y en avait peu ici. Les gens cherchaient des moyens de faire attention à leur mode de consommation, mais c’était impossible pour eux de trouver au même endroit tous les produits en vrac dont ils avaient besoin. »

C’est ainsi qu’en 2016, Thomas, un Français d’origine, a ouvert une des premières épiceries du genre au Québec, Vrac & Bocaux, dans l’arrondissement Rosemont--La Petite-Patrie, à Montréal.

Il a monté son projet d’affaires avec son ex-conjointe avant de reprendre seul les rênes du commerce. Il n’a pas senti le besoin de suivre une formation en lancement d’entreprise, pourtant de plus en plus populaire.

« Je me suis laissé guider par mon envie d’entreprendre, confie-t-il. Je suis quand même allé chercher des conseils auprès de différents experts, avocats, comptables, spécialistes de la distribution... »

Recherche de financement ardue

La recherche de financement s’est révélée l’étape la plus ardue. « J’ai essuyé plusieurs refus. » Heureusement, il a surmonté son envie de tout lâcher et a fini par trouver le financement nécessaire.

Pendant 18 mois, Thomas a cumulé les deux rôles : ostéopathe, le jour, et épicier le reste du temps. Un rythme difficile à soutenir.

« Les semaines étaient longues et ça devenait impossible de concilier les deux », se souvient-il. Un choix s’imposait donc. En 2018, il a quitté sa pratique d’ostéopathie pour se consacrer à 100 % à son commerce, dont les ventes allaient en croissant.

« On est arrivé au bon moment, le mouvement zéro déchet ayant rapidement pris de l’ampleur. Il y a eu une prise de conscience au sein de la population. Si l’environnement exige des actions globales, les gens ont aussi compris qu’ils pouvaient faire une différence en changeant des comportements individuels. »

La clientèle s’est diversifiée. Au début, elle était surtout constituée de jeunes familles du quartier. Aujourd’hui, il y a des gens de tous âges qui arrivent avec leurs contenants pour s’approvisionner en aliments secs (farine, riz, légumineuses, etc.), de même qu’en produits frais.

« On a commencé petit, avec seulement 350 produits vendus en vrac. Aujourd’hui, on en a plus de 800. »

Expansion

Vrac & Bocaux se spécialise dans les produits biologiques issus de producteurs locaux (dans la mesure du possible) afin de limiter le transport. 

« On travaille de très près avec nos fournisseurs pour qu’ils adoptent eux aussi des pratiques plus écologiques. Plusieurs nous apportent les produits dans des contenants consignés. On est donc sans déchet de l’achat jusqu’à la vente aux consommateurs. »

Depuis février dernier, Vrac & Bocaux compte une deuxième succursale, qui a ouvert ses portes sur le Plateau-Mont-Royal. Et il pourrait bien y en avoir d’autres à plus ou moins court terme puisque Thomas Tiberghien songe à mettre sur pied un réseau de franchises. 

« Il y a déjà des personnes qui se disent intéressées », dit le dirigeant qui emploie maintenant près d’une trentaine de personnes.

Qu’il soit ostéopathe ou entrepreneur, son rôle n’a pas tellement changé, au fond. Il continue de faire du bien aux gens, mais différemment. Plutôt que de soulager leurs douleurs, il les aide à mieux manger et à réduire leurs déchets pour protéger la planète. La différence, c’est qu’il a un plus grand terrain de jeu à sa disposition. 

« J’avais envie de voir plus grand », dit-il.

Thomas Tiberghien, 35 ans

  • Diplôme d’études post-bac en ostéopathie, École supérieure d’ostéopathie (ESO) Paris, 2011
  • Ostéopathe, 2011 à 2018
  • Cofondateur de Vrac & Bocaux, 2016

UNE DE SES MEILLEURES DÉCISIONS

  • « Fonder le commerce au bon moment. J’ai eu le temps de prendre ma place dans le marché. »

UNE DE SES PIRES DÉCISIONS

  • « J’aurais dû ouvrir la deuxième succursale plus vite. »