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Qui ne dit mot...

Excusez-moi, mais j’ai envie de dire: sérieusement? Encore?

Qui ne dit mot...
Photo Martin Chevalier

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Nous avons tous, ou presque, dans nos familles un oncle, une tante, un cousin ou une belle-sœur, peu importe, qui semble n’être jamais passé de l’autre côté du millénaire. Dès que ces derniers ouvrent la bouche, on peut presque sentir nos cheveux se hérisser d'un ancien spray net, tant leurs propos sont décalés ou carrément odieux, se justifiant par le fait qu’ils sont vrais, qu’ils n’ont pas de filtre ou déplorant le fait qu’aujourd’hui, on n’a plus le droit de rien dire. Mais bon, ça reste la famille, on tolère, on roule des yeux, on soupire, on répond avec un sourire crispé et on se dit qu’une chance que c’est pas Noël tous les jours. Alors, on endure, d’un commentaire ordurier à l’autre, jusqu’au jour où est proférée la saloperie de trop et qu’un autre membre de la famille met son poing sur la table pour dire « c’est assez ».  

 

C’est à cette image que j'ai songé, lorsque nous avons entendu Luc Lavoie déclarer, au micro de Bernard Drainville, cette semaine, à propos des manifestants autochtones sur les barrages, qu’avec « un coup de .45 entre les deux yeux, tu réveilles, mon homme. Ou tu dors longtemps ». On savait déjà que le bougre, au langage dirons-nous coloré, regrettait de ne pouvoir chasser les séparatistes au « gun », comme on chasse les écureuils, mais voilà que ce dernier en remet, et ce, en toute impunité.  

 

Bien sûr, on en trouvera pour accuser le climat de rectitude, pour invoquer la liberté d’expression, la citation "hors contexte" ou mal comprise, ou pour plaider la maladresse, afin d'excuser les déclarations erratiques (et récidivistes) de M. Lavoie. Mais, remarquez: quand vient l’heure de déterminer à qui revient la responsabilité, c’est une chorale de grillons qui se fait entendre. 

 

Nous traversons présentement une crise qui, évidemment, polarise les gens et les opinions. M. Lavoie a tous les droits de prendre parti et d’en parler, ce n’est absolument pas la question. Mais alors que les tensions montent de jour en jour, qu’on retient notre souffle en espérant que ça ne dégénère pas en altercations violentes entre les manifestants autochtones et les forces de l’ordre, voilà que Luc Lavoie tient de tels propos en ondes et ça passe? Excusez-moi, mais j’ai envie de dire: sérieusement? Encore

 

Ce n’est pas inacceptable parce que c’est dirigé envers les Autochtones. C’est inacceptable parce que c’est dirigé contre des gens, des individus, comme vous et moi, comme nous tous, et que rien, mais absolument rien, ne peut justifier une telle violence, qu'elle soit verbale ou non, dans une société démocratique et encore moins chez ceux qui font la pluie et le beau temps au firmament des idées et des opinions. M. Lavoie tiendrait les mêmes propos à l'égard de n'importe qui que ce serait toujours aussi inacceptable et révoltant. Je parlais de famille, en début de texte, mais l'homme n’est pas un membre turbulent d’une fratrie à la discipline molle. C’est une figure écoutée, publique et relevant donc d’une certaine autorité, qui exige un sens des responsabilités, quant aux messages qu’il choisit d’envoyer dans la sphère publique.  

 

La maladresse a certes le dos large, mais jamais assez pour couvrir l’inaction de certains, qui auraient grand intérêt à se demander ce que leur indulgence mal placée véhicule comme message, car vous savez ce que dit l'adage : qui ne dit mot...