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Victimes d’accommodements déraisonnables

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Photo Agence QMI, Maxime Deland Deux ex-hassidiques accusent le gouvernement de les avoir abandonnés en les laissant dans une école religieuse qui négligeait les matières de base.

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C’est un procès qu’il fallait suivre depuis deux semaines. Yochonon Lowen et Clara Wasserstein attaquent le gouvernement québécois pour avoir manqué à son devoir de les protéger en leur assurant une éducation adéquate.  

Offrir une éducation de qualité à tous les enfants, au moins jusqu’à l’âge de seize ans, représente en effet une obligation prévue par la loi au Québec.

Cet homme et cette femme, qui ont fui la communauté hassidique ultra-orthodoxe de Boisbriand, considèrent que le gouvernement a failli à sa responsabilité vis-à-vis un droit fondamental des enfants : le droit à l’éducation.

Vous comprenez qu’ils sont allés à l’école... mais dans une école à vocation religieuse, où l’éducation était donnée en yiddish et escamotait un grand nombre de notions de base. Le français et l’anglais ? Pas nécessaire. Les sciences ? Dangereux. La géographie et l’histoire ? Uniquement les notions liées à l’histoire religieuse du peuple juif. C’est ce que leur avocat a plaidé devant la cour.

Des exclus

Le couple dans la quarantaine dit vivre énormément de difficulté à s’intégrer à la société québécoise, et en particulier au marché du travail. Ils se sont retrouvés sur l’aide sociale. On imagine facilement à quel point leurs carences en matière d’éducation les privent des outils de base pour espérer se tailler une place en emploi.

Vivre isolés, vivre dans la pauvreté. Les questions posées par ces deux personnes sont très importantes, et malheureusement encore très actuelles. Le gouvernement québécois, le ministère de l’Éducation et la DPJ sont-ils vraiment conjointement responsables de voir au bien-être des enfants du Québec ?

La fréquentation scolaire obligatoire est enchâssée dans la loi. Il ne s’agit pas d’un simple vœu. La fréquentation scolaire implique aussi que l’école offre une éducation véritable, complète, qui prépare pour la vie et permet d’accé-der à des études supérieures.

L’option d’éduquer ses enfants à la maison doit être encadrée et balisée pour assurer un suivi du programme. Cette option ne doit pas servir à justifier l’absence de l’enfant d’une école régulière pour mieux le coincer dans une école religieuse illégale camouflée dans un sous-sol.

Encore d’actualité

Le gouvernement se défend en citant des progrès réalisés en vertu de récentes lois. Il y a du vrai. Mais les exemples d’écoles illégales reviennent encore dans l’actualité. Si vous avez vu les reportages de l’émission J.E. sur la Mission de l’Esprit-Saint, vous comprenez qu’il reste du pain sur la planche.

Des groupes religieux orthodoxes cherchent à passer à travers les mailles du filet pour garder leurs enfants enfermés dans un giron strictement religieux et les priver du savoir plus large que doit offrir l’école. Ces enfants n’ont pas choisi de renoncer à l’éducation.

Les écoles religieuses ont été tolérées--- comme un accommodement raisonnable. Tant que les matières scolaires normales sont couvertes, on peut les qualifier ainsi. Mais lorsqu’elles privent les enfants de l’éducation de base, lorsqu’elles ruinent les possibilités d’avenir de jeunes citoyens, elles deviennent l’accommodement le plus déraisonnable qui soit. Une honte à ne pas tolérer.