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L’Amérique d’hier et d’aujourd’hui

WE 0222 BD
Photo courtoisie WILD WEST Vol. 1
Jacques Lamontagne, Thierry Gloris
Éd. Dupuis

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Après la sympathique série humoristico-fantastique Aspic publiée aux Éditions Soleil il y a quelques années, l’illustrateur québécois Jacques Lamontagne et le scénariste Thierry Gloris s’unissent à nouveau afin de nous offrir un incandescent western aux effluves humanistes qui s’enracine avec éloquence dans l’Amérique actuelle.

Montée fulgurante de l’extrême droite, racisme systémique, prolifération de fusillades dans les lieux publics, explosion du mouvement #MeToo, voilà autant d’éléments des États-Unis de Donald Trump qui servent d’assises à ce fabuleux récit. D’une violence inouïe, le premier volet de Wild West ressort du lot, alors que le genre vit une indéniable effervescence dans l’univers du neuvième art. « Thierry et moi avions envie de travailler à nouveau ensemble. Au fil de nos discussions téléphoniques, nos envies communes se dirigeaient vers un drame humain et ses répercussions dans la communauté, le tout se déroulant au Moyen Âge. Deux semaines plus tard, Thierry me propose finalement un western, s’amuse Lamontagne. Si la trame narrative demeurait la même, il a par contre fallu que j’effectue des recherches sur une époque que je connaissais somme toute assez peu. » 

Qui de mieux qu’un illustrateur nord-américain au flamboyant talent pour donner vie à une fable dont le genre fascine depuis toujours les lecteurs du vieux continent ? Lamontagne était tout désigné pour cette incommensurable tâche. « La réalisation de chaque planche a exigé en moyenne de quatre à cinq jours, soit plus de temps qu’à l’habitude. Cette quête perpétuelle de références visuelles par souci de vraisemblance a été très prenante. »

Calamity Jane, la légende

Ce n’est certes pas la première fois que l’iconique dame du Far West tient la vedette d’une bande dessinée. Ainsi, les auteurs se sont approprié les zones laissées floues par les journalistes de l’époque qui ont raconté – et enjolivé – sa vie afin d’en tirer un récit fulgurant. L’album débute alors que Martha Jane Cannary œuvre comme domestique dans un bordel de l’Ouest. Victime d’un viol, elle sombre dans la prostitution. Jusqu’au jour où la rencontre fortuite avec un tueur à gages l’amène à s’émanciper. « Jamais je ne croyais que les éditions Dupuis voudraient de notre western brut. C’était un rêve de jeunesse d’être publié là », avoue l’illustrateur émérite pour qui Spirou et les Hommes-bulles du grand Franquin fut une révélation. « Une chance que je n’avais jamais lu Blueberry de Charlier et Giraud avant de boucler le premier tome, autrement, j’aurais été paralysé. Quelle claque ce fut ! » 

L’artiste garde la tête froide face à l’engouement médiatique auquel a eu droit le premier volet de Wild West, dont la moitié des stocks fut écoulée le premier jour du Festival international de bande dessinée d’Angoulême à la fin janvier. Si l’humilité est la marque des grands, Jacques Lamontagne s’y élève sans l’ombre d’un doute.

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