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Les culottes baissées

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Photo AFP Benjamin Griveaux

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Faut-il être un saint pour faire de la politique ?

C’est ce que de plus en plus de Français se demandent dans la foulée de l’affaire Griveaux, que d’aucuns s’amusent à appeler « l’affaire Grivois ».

LE VIRUS AMÉRICAIN

Candidat à la mairie de Paris pour La République en marche, le parti d’Emmanuel Macron, Benjamin Griveaux a eu la brillante idée de se masturber devant son écran d’ordinateur.

Mal lui en prit : les images de sa « performance » ont été coulées (c’est le cas de le dire) sur les médias sociaux et le politicien, qui se présentait comme le champion des valeurs familiales, a dû retirer sa candidature, remonter son pantalon et remballer le tout. 

En France, paradis des plaisirs où il faut presque avoir une maîtresse pour prétendre diriger le pays et être pris au sérieux, cette histoire croustillante est la preuve que le paysage politique est de plus en plus gangréné par l’américanisation des esprits. 

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Va-t-on devoir montrer patte blanche avant de se présenter, maintenant ? Passer un alcootest, faire témoigner ses amis, demander à papa-maman de passer à la télé pour dire qu’on est un bon garçon, un bon fils et un bon mari ?

CACHEZ CE SAINT

De tous les commentateurs qui ont pris la plume pour dénoncer cette pêche aux pécheurs, Riss, rédacteur en chef de Charlie Hebdo, fut le plus cinglant.

« Aujourd’hui, une personnalité publique ne peut plus avoir de vie privée, a-t-il écrit. Un individu qui décide de s’engager au service de l’intérêt général doit savoir que, à partir de la seconde où il fait ce choix, il entre en politique comme on entre au monastère, et comme les prélats, il devra faire vœu de chasteté, de fidélité et de pureté.

« Nous voulons des hommes et des femmes politiques qui se touchent la bite et le clito. Nous voulons des personnalités politiques qui bandent, qui mouillent et qui jouissent, et qui, donc, nous ressemblent, pauvres créatures terrestres que nous sommes. 

« Nous ne voulons pas de ces fanatiques mystiques qui se prennent pour des dieux qui n’existent pas et veulent nous imposer leur obsession de pureté... »

La question se pose : en cette ère de transparence obligatoire, où tout le monde s’épie pour savoir qui est le plus pur, le plus droit et le plus vertueux, y a-t-il encore de la place pour l’imperfection humaine ?

Qui veut-on pour diriger le pays : des hommes comme nous, ou des culs bénis ? Des Danton qui boivent, bouffent, couchent et pètent ou des Robespierre qui ont les lèvres sèches et les fesses serrées ?

TOUS DES HYPOCRITES

S’il y a un mot qui décrit bien l’époque, c’est « hypocrisie ».

Magazines de mode qui célèbrent le jour sans maquillage entre deux pubs de mascaras, vedettes qui chantent la beauté des courbes en suant au gym et en mangeant de la salade, acteurs pro-environnement qui se promènent en Jeep, nos donneurs de leçons disent souvent une chose tout en faisant le contraire. 

Et si on arrêtait de jouer les purs pour se montrer tel qu’on est : imparfaits, parfois décevants et souvent pétris de contradictions ?

Après la guerre aux corps plus que parfaits, le temps est peut-être venu de combattre les esprits trop propres.