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Les yeux d’un p’tit gars

Pierre Éthier 70 ans, vélo de montagne

Pierre Éthier
Photo courtoisie, Mathieu Belanger

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« Ma mère ne nous laissait pas rouler dans la rue tant qu’il y avait de la neige. À Sillery, la neige, on en avait malheureusement pour longtemps ! », se souvient Pierre Éthier, 70 ans.

« Je suivais sa consigne en montant sur les bancs de neige des voisins, continue l’ex-enseignant au collégial. Chacun devait grimper un bon dix pieds de hauteur ! On peut dire que je faisais du vélo “de montagne” dans les années 50, avant même les premiers supposés vélos de montagne ! »

Pierre Éthier a remporté les grands honneurs en cross-country olympique aux Championnats du monde maîtres UCI le 23 août dernier au mont Sainte-Anne. Le petit gars qui était encore sur trois roues à six ans au désespoir de sa sœur y a décroché le titre de champion du monde dans sa catégorie d’âge.

Un sport extrême à 70 ans

« Selon moi, le vélo de montagne est un sport beaucoup plus détendu que le vélo de route », dit le septuagénaire. Un choix de mot a priori surprenant en lien avec un sport extrême reconnu pour solliciter de façon intensive tout le corps, moteur inclus ! « En vélo de montagne, je ne risque pas de me retrouver sous une voiture. Il m’arrive de tomber, mais j’en sors avec des petites écorchures. Un doigt disloqué, par exemple », raconte le résident de Saint-Ferréol-les-Neiges.

M. Éthier s’est initié à la compétition sur le tard, à près de 50 ans, sous les encouragements de ses étudiants. « J’étais alors tout seul de mon âge. Et même scénario à 60 ans. Ça ne m’étonne donc pas que ce soit encore la même chose à 70 ans ! », dit le cycliste. 

Il suffit de regarder en tête de peloton pour le repérer à une compétition. « J’ai pourtant l’intention d’être sage et zen à chaque course, mais ma fille dit que j’ai les yeux d’un petit garçon de quatre ans sur la ligne de départ. Et je cours en malade ! 

Armes secrètes

Impossible de parler vélo avec Pierre Éthier sans parler de lignes de descente et d’angles. L’ingénieur mécanique en a même fait son sujet de maîtrise en 1974. « On commence à s’intéresser à ma théorie aujourd’hui ! Mes performances me donnent plus de crédibilité », précise-t-il.

« Comme je comprends comment mon vélo tient debout et tourne, je n’ai aucune crainte en roulant... justement parce que je sais comment m’assurer que mon vélo tienne debout et tourne », dit le cycliste. 

Cet avantage qu’on pourrait qualifier de scientifique fait forcément une différence dans un sport très technique, où l’hésitation fait en outre perdre de précieuses secondes. « Je pense que ce qui fait encore plus la différence, c’est toutefois mon club, le Club cycliste Mont-Sainte-Anne, avance Pierre Éthier. Je suis forcé de suivre les plus jeunes. Aux Mondiaux, je devais par exemple faire trois tours de pistes très aseptisés, alors que je suis habitué d’en faire quatre en entraînement, beaucoup plus difficiles ! » 

Il n’est pas question de ralentir pour l’athlète, tant qu’il sera capable de suivre, dans le plaisir. « Traîner ne me dérange pas non plus, pourvu qu’on soit assez patient pour m’attendre à la ligne d’arrivée », ajoute-t-il.

« Il y a des athlètes de 80-85 ans qui font des compétitions en ski de fond. Pourquoi pas en vélo de montagne ? Les deux sports se ressemblent, par la diversité de leurs sentiers. Et puis on se tanne jamais des endorphines », conclut le champion du monde.