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Namaste Trump, un accueil à l’indienne

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Photo AFP Un panneau d’affichage montrant des photos du premier ministre indien Narendra Modi, du président américain Donald Trump et de son épouse Melania à Ahmedabad hier.

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L’Inde est un pays immense, quasiment un continent. Il abrite 18 % de la population de la planète et on y croise un foisonnement culturel impressionnant, notamment démontré par les vingt-deux différentes langues parlées. C’est une terre de couleurs, d’odeurs et de mystères. Donald Trump part à sa découverte demain... pour trente-six heures.

Ce président américain ci n’aime ni les longs voyages ni le dépaysement. L’Inde se révèle ainsi — n’en doutez pas — la dernière place où il a envie d’aller. Le premier ministre indien, Narendra Modi, connaît toutefois son homme et lui a fait une promesse qu’il ne pouvait pas refuser : le plus grand rassemblement « de sa vie ».

Modi a réservé le plus grand stade de cricket au monde — plus de 100 000 places ! — dans son État natal du Gujarat et des millions de personnes devraient s’assembler le long du trajet entre l’aéroport et le stade.

D’ailleurs, des sept millions d’Indiens prêts à l’acclamer qu’évoquait le président Trump au début du mois, on en est rendu à dix millions, à l’entendre jeudi au Colorado. Il faut dire qu’à un milliard trois cents millions d’habitants, on peut probablement se permettre d’être approximatif à trois millions près.

PARLONS BUSINESS !

Donald Trump, le négociateur-en-chef, aurait bien aimé rentrer d’Inde en brandissant un massif accord de libre-échange entre les grandes démocraties. Ce sera pour une autre fois. New Delhi cherche encore à retrouver le statut spécial dont ses exportations aux États-Unis bénéficiaient jusqu’à récemment et qui lui évitait de lourds droits de douane.

Washington, pour sa part, souhaite élargir et approfondir l’accès du marché indien aux exportations américaines. Le président, qui aime simplifier les choses, mentionne le déficit commercial de vingt et un milliards de dollars des États-Unis à l’égard de l’Inde. Les Indiens, à son avis, doivent donc se lancer dans la dépense. 

UNE DÉMOCRATIE... POUR CERTAINS SEULEMENT

Soulignant les « liens forts et persistants » entre les États-Unis et l’Inde, un responsable de l’administration Trump, au cours d’un récent appel-conférence, relevait les traditions démocratiques et les intérêts stratégiques communs des deux pays, ainsi que la relation interpersonnelle des deux dirigeants.

Certes, rien de mieux qu’une méfiance partagée à l’égard de la Chine pour rapprocher deux puissances qui ont leurs propres désaccords. Paradoxalement, ce sont deux termes positifs qui inquiètent dans ce cas-ci : démocratie et amitié.

Le premier ministre Modi et son parti, le BJP, un parti nationaliste hindou, s’en prennent assidûment depuis leur accession au pouvoir en 2014 à la démocratie à l’indienne telle qu’instaurée après l’indépendance. En décembre dernier, par exemple, une loi a été modifiée pour permettre aux citoyens de toutes les religions d’acquérir plus facilement la citoyenneté indienne. Tous, sauf les musulmans.

UN COMPLICITÉ DE MAUVAIS GOÛT

L’été dernier, l’article 370 de la Constitution accordant une autonomie au Cachemire — majoritairement musulman — a été suspendu, entraînant une série d’arrestations arbitraires, un enchaînement de couvre-feux et un blocage de l’accès à internet.

De multiples autres façons, le BJP s’attaque à l’héritage musulman du pays, renommant, par exemple, des villes aux consonances trop islamique — Faizabad devenue Ayodhya ou Allahabad devenue Prayagraj — ce qu’un enseignant à la Delhi University est allé jusqu’à décrire comme « un projet de génocide culturel ».

Donald Trump — selon le responsable de la Maison-Blanche cité plus tôt — devrait aborder le respect des droits civiques lors de ses rencontres avec Narendra Modi. On peut, sans hésiter, être sceptique.

Les deux hommes partagent une antipathie à l’égard des musulmans, comme le démontrent les limites aux voyages aux États-Unis imposés à plus d’une douzaine de pays à majorité ou à forte minorité musulmane.

Nationalistes, démagogues, islamophobes, les deux hommes, membres d’une même communauté de préjugés, vont s’entendre comme larrons en foire.

L’Inde en quelques chiffres

► 2e plus peuplé

► 7e plus grand

► 1,3 milliard d’habitants

► 79,8 % hindous

  • 14,2 % musulmans
  • 2,3 % chrétiens
  • 1,7 % sikhs

►45 % de la population a moins de 24 ans.

►L’espérance de vie atteint 69,7 ans