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Un ex-champion du monde devenu sage

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Même s’il a délaissé la compétition internationale, Jean-Yves Babin parcourt encore un minimum de 50 km par semaine en ski de fond. Malgré un triple pontage subi en avril 2018 !

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Le Journal a rencontré dix athlètes de 70 ans et plus qui ont en commun le désir de se dépasser et plusieurs participent d’ailleurs encore à des compétitions internationales. Leurs témoignages dont la publication a débuté hier sont inspirants et sont la preuve que l’activité physique procure des bienfaits immenses, peu importe l’âge.


Depuis un triple pontage subi en avril 2018, Jean-Yves Babin accepte mieux d’avoir délaissé la compétition internationale en ski de fond quatre années plus tôt. Cet épisode inattendu ne l’a toutefois pas ralenti : au plus fort de l’hiver, ses cinq sorties et plus de 60 kilomètres par semaine parviennent à le contenter.

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La poigne solide, l’homme de 82 ans n’affiche aucun surplus pondéral. Svelte et droit, il s’élance encore joyeusement sur la neige, un jour en style classique, le lendemain en skate. Trahi par ses 20 présences aux championnats mondiaux des maîtres, on détecte à son pas qu’il a déjà beaucoup donné.

« Ça me permet d’apprécier encore plus la vie. Si je sais que ma famille est correcte, je pars skier et je n’ai pas besoin de plus que ça pour être heureux », dit simplement ce retraité du milieu parapublic, qui vit sur les berges du fleuve dans l’arrondissement Saint-Romuald, à Lévis.

Une mode qui dure 

En 1972, Jean-Yves Babin habitait près du Club de golf de Cap-Rouge quand il a répondu à la mode du ski de fond à cette époque. Pas plus bête, il s’est doté d’un équipement et s’est initié à ce sport en empruntant les parcours enneigés et désertés par les golfeurs.

« Il y a 90 % des Québécois qui ont ensuite rangé leur équipement dans leur sous-sol, alors que moi je suis l’un des rares à avoir survécu », s’amuse l’octogénaire en s’appuyant sur des statistiques non fondées.

En ascension à 58 ans 

Notre descendant de Jack Rabbit a non seulement tenu le coup, mais il a perfectionné son art lorsqu’il a pris sa retraite à l’âge de 58 ans.

« C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à améliorer mes résultats », se souvient-il.

À compter de 1995, Jean-Yves a enfilé les compétitions régionales, provinciales et nationales. Son rôle de directeur à l’Association des maîtres en ski de fond du Canada l’a amené à visiter plusieurs pays, d’abord comme directeur chargé d’évaluer les sites de compétition au bénéfice des membres, puis l’année suivante comme compétiteur.

Des souvenirs mémorables lui sont restés de certains championnats du monde d’où il a rapporté au moins une médaille à ses 10 dernières participations. Il y a eu la Russie, l’Italie, le Canada aussi avec notamment l’édition de 2002 à Valcartier. Les plus beaux moments demeurent ceux en Autriche en 2014 lors de sa dernière compétition internationale, où il s’est offert l’épreuve de 15 km et a obtenu des médailles d’argent et de bronze dans la classe des 75-79 ans.

« Chaque année, sur la vingtaine de concurrents qu’il y avait dans ma catégorie, je dirais qu’il y en avait au moins cinq qui n’étaient pas là juste pour s’amuser. Il y avait des Russes et évidemment des Scandinaves, de vrais skieurs qui mordaient la neige. Il n’y avait pas que le niveau de forme qui comptait, je devais aussi user de stratégie », raconte-t-il.

Raisonné par la sagesse

Jean-Yves s’amuse encore à consulter les temps obtenus par les médaillés âgés de 80 ans et plus au niveau mondial. Avec son rythme cardiaque de 52 pulsations/minute au réveil et de plus de 150 qu’il maintient durant ses sorties à ski, son niveau de forme lui laisse croire qu’il serait encore dans le coup. Mais le goût du dépassement s’assouvit maintenant avec la sagesse.

« Ça ne me manque pas. Je sais très bien que je serais encore capable, mais il faut accepter où on est rendu... »