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Désinformation russe sur le coronavirus

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Les Russes sont passés maîtres dans les cyberagressions. Ces dernières années, ils sont intervenus contre pratiquement tous les pays occidentaux, y compris le Canada. J’y reviens plus loin. Ils ont contribué à faire élire Trump en 2016 et sont en activité pour assurer sa réélection en 2020. Mais cette fois, pour porter la zizanie politique à son paroxysme aux États-Unis, ils appuient également le candidat démocrate Bernie Sanders. Ils estiment que Sanders ne peut pas gagner contre Trump, mais que sa candidature fera de la prochaine campagne présidentielle l’une des plus fractionnelles et acrimonieuses de l’histoire américaine.  

On apprend que les services secrets russes sont maintenant engagés dans une campagne de désinformation contre les États-Unis en exploitant les angoisses suscitées par l’épidémie de coronavirus. Des comptes de médias sociaux liés à la Russie font la promotion de théories conspirationnistes selon lesquelles les Américains sont à l’origine de l’épidémie. Le coronavirus serait une arme biologique que la CIA utiliserait contre la Chine.  

Des milliers de comptes Twitter, Facebook et Instagram propagent ces fausses informations en anglais, en espagnol, en italien, en allemand et en français qui se retrouvent aussi sur la chaîne télé RT (Russia Today) et l’agence Spoutnik, des médias au service du gouvernement russe.   

La diffusion de fausses nouvelles est utilisée par Moscou depuis des décennies. Dans les années 1980, le KGB avait fait circuler de fausses informations dans des journaux et des magazines de nombreux pays selon lesquelles des scientifiques américains avaient créé le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) qui cause le sida.  

ÉCOUTEZ Normand Lester, sur QUB radio:

Les Russes mènent contre les pays occidentaux «des campagnes d'influence malveillantes, secrètes et coercitives», pour reprendre les termes du département d’État et pourtant ceux-ci semblent rester impassibles. Dans le cas des États-Unis, ça se comprend, Trump n’autoriserait pas de représailles contre son ami Poutine. Mais, la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, qui ont des capacités de guerre cybernétique importantes ne paraissent pas non plus réagir avec fermeté. En 2018, plusieurs pays occidentaux, dont l’Allemagne, avaient dénoncé les cyberattaques russes, mais sans plus. 

Je rappelle qu’on a aussi été l’objet de cyberattaques russes. En 2016, des hackers du GRU (direction générale des renseignements de Russie) s’en sont pris à l’Agence mondiale antidopage basée à Montréal et au Centre canadien pour l'éthique dans le sport d’Ottawa (CCES). Lorsque le FBI a annoncé, en 2018, à Washington, des accusations contre des agents du GRU concernant ces attaques, un officier de la GRC, qui participait à la conférence de presse, a révélé que le Canada poursuivait sa propre enquête à ce sujet.  

Tous les organismes fédéraux impliqués dans ce dossier (GRC, CSTC, CCRIC) ont refusé de me dire combien d’attaques russes avaient été détectées contre des cibles canadiennes, le type de cibles visées et les endroits (provinces ou villes) où les cyberattaques avaient eu lieu. Je ne comprends vraiment pas pourquoi. Localiser les attaques et en donner un nombre, même approximatif, ne violerait aucune règle concernant l’anonymat des cibles. Et la diffusion de l’information inciterait d’autres entreprises canadiennes œuvrant dans le cyberespace à plus de vigilance. Ce serait dans l’intérêt public de diffuser ces informations.  

On n’entend jamais parler de cyberattaques menées par des pays occidentaux contre le parti de Poutine, les intérêts de ses amis oligarques et des organes de sécurité russes. Jusqu’où Poutine, le GRU et leurs hackers vont-ils aller avant qu’il y ait une riposte appropriée des pays occidentaux?