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Blocus ferroviaire: la Police provinciale de l'Ontario fait 10 arrestations

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La Police provinciale de l’Ontario (PPO) est intervenue lundi matin pour mettre fin au blocus des voies ferrées par les Mohawks de Tyendinaga, en Ontario, en arrêtant 10 manifestants.

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Des dizaines de policiers étaient sur place près de Belleville un peu après 8 h pour mettre fin à ce campement érigé le long des rails du CN en appui aux Wet’suwet’en de Colombie-Britannique qui s’opposent au gazoduc Coastal GasLink.

La PPO a assuré, en fin d'après-midi, avoir donné le choix aux manifestants de quitter pacifiquement le site du blocus ou d'être arrêtés. «Dix personnes ont été arrêtées et font face à plusieurs accusations. Elles ont toutes été relâchées sous conditions», a précisé le corps policier.

Photo TVA Nouvelles

Les militants interpellés ont été placés dans une fourgonnette. On pouvait les entendre frapper de l’intérieur sur les parois du véhicule et chanter à l’unisson, selon le réseau Global.

D’après des images diffusées sur les médias sociaux, certains des protestataires ont résisté à leur arrestation. Cette opération policière semble toutefois s’être déroulée dans un calme relatif. Personne n’aurait été blessé parmi les manifestants et les forces de l’ordre.

Malgré les arrestations, les policiers et les Autochtones ont continué par la suite de discuter. En après-midi, d’autres manifestants pacifiques se sont approchés du passage à niveau où les protestataires s’étaient établis.

Ultimatum

Les autorités avaient lancé un ultimatum dimanche enjoignant les protestataires à lever leur barricade des voies avant minuit, mais les Mohawks avaient décidé de braver cet avertissement.

Les autorités avaient indiqué que si les protestataires ne partaient pas avant l'ultimatum donné, ils pourraient faire face à de possibles accusations pour ne pas avoir respecté une injonction d’un tribunal leur demandant de cesser de bloquer les voies ferrées du CN.

Photo TVA Nouvelles

La PPO a prévenu que ceux qui n’obéiraient pas seraient arrêtés.

Dans un communiqué publié dans la nuit, les Mohawks ont indiqué que leurs barricades «n’obstruent pas physiquement les voies», qui se trouvent sur le territoire établi en 1793 par un traité. De ce fait, leur protestation n’entre pas en violation avec l’injonction formulée au début du mois.

Pas de trains

Malgré le démantèlement, le gouvernement fédéral n’était pas en mesure de dire quand les trains pourront rouler de nouveau sur ces rails du CN.

Le blocus ferroviaire, en appui aux Autochtones qui s'opposent au gazoduc Coastal GasLink dans le nord de la Colombie-Britannique, dure depuis 19 jours.

Questionné par des journalistes à savoir s’il craignait que la situation dégénère ailleurs à la suite de l’intervention policière à Tyendinaga, le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller a répondu en après-midi «maintenant plus que jamais».

«On travaille d’arrache-pied pour s’assurer qu’on ait une résolution pacifique, a-t-il ajouté. Nous ne nous battons pas seulement contre des jours de suspicion et de méfiance, mais contre des décennies et des siècles, dans certains cas.»

Il précisé que beaucoup de demandes des chefs héréditaires Wet’suwet’en n’ont pas encore été réglées.

Les Mohawks demandaient notamment que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) quitte complètement les terres des Wet’suwet’en, comme le voulaient les chefs héréditaires de cette Première Nation de Colombie-Britannique, avant de s’en aller. La GRC avait accepté cette demande et s’était retirée vendredi, sans toutefois mettre fin à ses patrouilles dans le secteur, ce que demandaient également les chefs héréditaires Wet’suwet’en.

Ce blocus des voies du CN à Tyendinaga était le plus dommageable pour l’économie canadienne parmi tous ceux qui ont été érigés partout au pays, car ce corridor ferroviaire relie le sud de l’Ontario au Québec et aux Maritimes.

Le transport de marchandises a donc été grandement perturbé, notamment dans l’est du pays, de même que les services de transport de passagers de VIA Rail à l’est de Toronto.

Dimanche, après la levée vendredi soir d’une barricade qui avait été érigée mercredi sur une voie ferrée à Saint-Lambert, exo, la société responsable des trains de banlieue dans la région de Montréal, a annoncé que son service sur la ligne de Mont-Saint-Hilaire reprendrait ce lundi, ce qui a été le cas. Les usagers de la ligne Candiac devront, eux, encore patienter et utiliser le service de navette par autobus, étant donné que des Mohawks bloquent toujours des rails à Kahnawake.

Justification d’Ottawa

Le gouvernement fédéral a commenté de manière générale l’intervention de la police ontarienne, sans toutefois se mouiller, affirmant que c'était du ressort de la PPO.

«On veut résoudre cette situation de manière paisible, mais il faut que les barricades descendent parce que cela a un effet extrêmement sur l’économie», a dit le ministre des Transports, Marc Garneau, en marge d’une rencontre sur cette question avec le premier ministre Justin Trudeau, les autres principaux ministres engagés dans ce dossier, ainsi que la commissaire de la GRC Brenda Lucki.

Le fédéral veut poursuivre les négociations.

«Nous sommes toujours sur le chemin de la réconciliation. Nous avons besoin d’une résolution pacifique et nous continuons de travailler dans ce sens», a dit le premier ministre Justin Trudeau avant la période des questions aux Communes en après-midi.

Ottawa dit en outre rester en «étroite communication» avec les provinces.

«On est aussi en train de travailler, depuis plusieurs jours, avec le CN et les autres transporteurs ferroviaires pour s’assurer qu’on puisse faire venir le plus de marchandises et de biens possible. On est en train de regarder des alternatives. Il n’y a pas eu de pénuries jusqu’à présent et on va continuer à s’assurer [que ce ne soit pas le cas]», a souligné M. Trudeau.

Les chefs de l’opposition n’ont pas été tendres envers le premier ministre.

Soulignant qu’il est essentiel que les forces policières appliquent la loi, le chef conservateur,, Andrew Scheer, affirmant qu’«on ne vit pas dans un pays où on n’applique pas la loi si les sondages [ne sont pas favorables] ou s’il y a trop de manifestants». «Nous ne voulons pas vivre dans ce pays. Justin Trudeau a donné de la puissance aux manifestants. Il a créé un espace pendant 19 jours en ne faisant rien. Je pense qu’il a ainsi écrit le livre des règles pour les prochaines fois qu’un projet sera proposé. Il ne fera rien, il croisera ses doigts et espérera que les protestataires se retirent d’eux-mêmes.»

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, n’a pas été moins critique envers Justin Trudeau et son gouvernement. «Vendredi, la dernière chose que le premier ministre [Trudeau] devait dire, c’était ‘’Pouvez-vous envoyer la police svp?’’», a dit M. Blanchet, lundi. Selon lui la patience aurait été de mise.

«Là on est confronté au risque qu’au lieu d’avoir mis un terme à la crise, l’inaction, le refus actif de prendre des décisions du premier ministre ne prolonge la crise et ne prolonge une période fébrile où des gestes intempestifs pourraient être posés avec des conséquences regrettables, a ajouté M. Blanchet. C’est une gestion de crise épouvantable à laquelle on assiste.»

Le chef du Bloc a réitéré la proposition de remplacer GRC en territoire wet’suwet’en par corps policier autochtone afin de faire diminuer les tensions.

Manifestation à Ottawa

Une manifestation en appui aux Autochtones de Wet’suwet’en qui s’opposent au projet Coastal GasLink s'est déroulé lundi après-midi dans les rues du centre-ville d’Ottawa, près du Parlement. Quelques centaines de personnes y participaient. Ils ont notamment dénoncé les actions de la GRC dans cette région du nord de la Colombie-Britannique.