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L’allumette

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Photo PC La Police provinciale de l’Ontario a arrêté hier des manifestants qui bloquaient les rails près de Belleville, en Ontario.

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BELLEVILLE, Ontario  |  Ceux qui pensent que le démantèlement de la barricade qui paralyse l’économie canadienne met fin à la crise se trompent.

C’est en tout cas l’avis d’à peu près tout le monde que j’ai croisé hier à Belleville, en Ontario. 

Et j’ai tendance à les croire.

L’intervention policière sur le territoire mohawk de Tyendinaga irrite au plus haut point les Autochtones de tout le pays.

La vive réaction des Mohawks de Kahnawake et de Kanesatake en témoigne.

Sur les réseaux sociaux, les messages d’appui, de frustration, de colère se multiplient. 

Ils ne tolèrent tout simplement pas de voir la police « coloniale », comme ils l’appellent, pénétrer leurs terres sans leur consentement et procéder à des arrestations. 

Hier, en faisant le ménage près des rails à Tyendinaga, la Police provinciale de l’Ontario (PPO) a arrêté au total 10 manifestants qui refusaient de quitter l’endroit par leurs propres moyens. Quelques escarmouches ont éclaté. On ne déclare heureusement aucun blessé grave. 

Le reste de la journée s’est déroulée de façon relativement paisible. La suite est moins certaine...

Un premier train a emprunté les rails en soirée. Le Canadien National, propriétaire de la voie ferrée, a suspendu de nouveau le service peu de temps après à cause d’activité près des voies, selon une source bien informée. 

Résistance 

L’écrivaine Lesley Belleau a fait une petite heure de route à partir de Kingston pour venir appuyer les manifestants. 

La présente crise lui rappelle de bien mauvais souvenirs. Elle a vécu la crise d’Oka de près. Elle avait 14 ans à l’époque et son père était activement engagé dans la communauté. 

Selon elle, le Canada n’a pas appris les leçons de 1990. Si c’était le cas, la police ne serait pas intervenue de force à Tyendinaga.

« Le Canada n’a pas appris à nous écouter et à négocier avec nous », croit la poète. 

Venue d’Ottawa, Stephanie Pelletier prédit, elle aussi, que l’intervention policière à Tyendinaga entraînera d’autres foyers de résistances. 

« Je pense que ça va se propager, soutient la membre de la Réserve indienne non cédée de Wikwemikong, près de Sudbury. Peu importe de quel territoire nous venons, nous sommes tous autochtones. » 

Réconciliation 

Ce discours, je l’ai lu et entendu par dizaines sur le terrain et dans les réseaux sociaux. 

La réconciliation est déjà morte et enterrée pour les chefs héréditaires Wet’suwet’en qui bloquent le projet de pipeline Coastal GasLink dans le nord de la Colombie-Britannique. 

Justin Trudeau, lui, assure que ce projet est encore bien vivant, malgré les affrontements avec les forces de l’ordre. 

Les peuples autochtones ne forment évidemment pas un bloc monolithique. Un grand nombre d’Autochtones et de Canadiens ont à cœur ce projet de société. 

Mais en donnant le feu vert à une intervention policière, Justin Trudeau pourrait bien avoir réussi à unir les Autochtones... contre lui.