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Le «fatbike», l'art de faire du vélo à longueur d'année...

Steve Christini, un génie de l'industrie du vélo dodu qui a les yeux rivés sur le Québec!

Le «fatbike», l'art de faire du vélo à longueur d'année...

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Hiver 2014. Mon chum Phil, avec qui j’ai avalé des tonnes de kilomètres en vélo de montagne un peu partout sur la boule, me montre avec fierté sa nouvelle monture.   

Un vélo dodu.   

Avec d’immenses roues. Un fatbike, comme on dit. De marque Specialized, une machine sortie de Mad Max, on dirait. Des pneus de cinq pouces, géométrie étonnamment agressive, deux plateaux en avant et une cassette dix vitesses en arrière.   

Impressionnant.   

Phil a toujours été un précurseur. Transmission Rohloff, mécanisme de frein Magura, le premier de notre gang à se procurer un vélo cyclocross, toujours à l’avant-garde.   

Éventuellement, je me suis mis, moi aussi, au fatbike. Un des nombreux avantages de ce type de vélo est son adaptabilité à nos conditions hivernales. Certains le nomment justement «vélo d’hiver». En tout cas, laissez-moi vous dire que, depuis que je me suis mis au vélo dodu, terminé le spinning et autres entraînements intérieurs sur roulettes stationnaires!   

  

Sentiers de la Montagne-Noire, Ripon, Québec.
Steve E. Fortin
Sentiers de la Montagne-Noire, Ripon, Québec.

Une passion de plus en plus populaire!  

Si, en 2014-2015, au Québec, la pratique du vélo dodu demeurait assez limitée, le moins que l’on puisse dire, c’est que sa popularité a explosé depuis! Le fatbike a pris sa place au sein de l’offre cycliste grand public.   

De plus en plus de sentiers hivernaux accueillent les vélos dodus ou leur sont destinés. Quel plaisir, que de sillonner nos infinis arpents de neige – et les paysages magnifiques de cette saison – par grand froid, à vélo!   

L’industrie s’est adaptée à la popularité de la pratique. Le vélo dodu a pris plusieurs formes: on lui a ajouté une suspension avant, arrière, on l’a adapté à une autre mode qui se répand rapidement, celle du vélo électrique, on a diversifié l’offre de pneus, bien au-delà de cinq pouces dorénavant...  

Mais mon chum Phil, visionnaire, regardait déjà ailleurs.   

Ça fait des lunes qu’il me casse les baskets avec un autre type de vélo dodu... le fatbike à traction intégrale. Oui, oui, un vélo dodu AWD. Comme une Subaru conduite par un yo à casquette dans un rang de la Petite-Nation!  

Un génie à Philadelphie nommé Christini!  

  

Première mouture, expérimentale, du système de traction intégrale développé par Steve Christini.
Steve E. Fortin
Première mouture, expérimentale, du système de traction intégrale développé par Steve Christini.

En 1995, dans le cadre d’un projet universitaire, un certain Steve Christini de la région de Philadelphie imagine la première version d’un vélo à traction intégrale. Une patente, comme on dit! Mais l’idée était lancée.   

Christini fera sa marque dans l’univers de la moto en proposant une version intégrale qui a su faire des adeptes. Parallèlement, Steve Christini a continué à développer et à peaufiner son système de traction intégrale pour vélo. Sur vélo de montagne, certes, mais la popularité du vélo dodu a été comme une révélation pour lui.  

Ne reculant devant rien, et après des semaines de tractations avec M. Christini lui-même, nous nous sommes rendus là où la magie opère... dans une ancienne caserne de pompiers non loin du centre-ville de Philadelphie.   

Il nous fallait essayer cette technologie. Un vélo à traction intégrale... hmmm.   

Voici comment l’idéateur de la chose décrit le mécanisme: «Une manette montée sur le guidon contrôle l'embrayage de la traction intégrale. Lorsque l'embrayage est engagé, l'engrenage en spirale arrière se verrouille avec le moyeu arrière et la puissance est transférée par des arbres internes au jeu d'engrenages en spirale avant, lequel propulsera le moyeu libre Christini.»  

La traction intégrale au bout d’une manette qui ressemble à celle d’une tige de selle rétractable.   

  

Sentiers du Wissahickon Park, Philadelphie.
Steve E. Fortin
Sentiers du Wissahickon Park, Philadelphie.

Notre hôte avait organisé une sortie pour nous au Wissahickon Valley Park de Philadelphie. Imaginons un parc urbain plus grand que le mont Royal bardé de pistes single tracks et offrant un dénivelé assez intéressant, merci.   

Tout ce qu’il nous fallait pour tester deux versions des vélos dodus Christini, l'un à roues de quatre pouces, l’autre à roues de plus de cinq pouces (Fat 4 et Fat 5 Ultra).   

Après deux jours (et une bonne brosse) de vélo, quelques ajustements et beaucoup d’agrément, on doit bien le dire, voilà un concept très intéressant. On en profite dans les montées, même les plus abruptes, mais dans les descentes aussi, par le contrôle de la roue arrière en mode traction intégrale.   

Les engrenages en spirale des roues avant et arrière sont plus légers qu’on le croirait: le poids total du système de traction intégrale est d'un petit peu plus de 900 grammes.    

Impossible de ne pas ramener ces deux vélos avec nous. Conquis, mais impatients aussi de lancer tout ça dans les conditions enneigées de la Petite-Nation en Outaouais.  

Si les avantages sont intéressants en terrain sec comme à Philadelphie, c’est encore plus évident quand on lance la machine dans la neige et les sentiers damnés, en montée, la traction intégrale bien enclenchée.   

Dans son atelier hypersympa de Philadelphie, Steve Christini a conservé tous les prototypes de vélos à traction intégrale qu’il a conçus depuis 25 ans. Un petit musée d’innovation, avec un brin de folie. Il fallait le voir nous montrer des suspensions qu’il venait à peine de recevoir... pas pour les installer telles quelles sur des vélos, mais bien pour les découper au grinder afin de fabriquer le prochain arrimage pour son système de traction intégrale.  

  

Le «fatbike», l'art de faire du vélo à longueur d'année...
Steve E. Fortin

Il fallait être visionnaire.   

Et cette innovation arrive à point quand on considère que l’intérêt pour le vélo dodu ne cesse d’augmenter. Et Steve Christini a les yeux rivés sur le Québec et le Canada, où la saison hivernale est longue... mais tellement plus agréable en vélo dodu!