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La chanteuse canadienne Grimes s'ennuie de Montréal

Elle aimerait revenir à Montréal pour y présenter les pièces de son nouvel album

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Photo d'archives, AFP Originaire de Vancouver, Claire Boucher a étudié la neuroscience à l’Université McGill.

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Grimes, Claire Boucher de son vrai nom, vient de lancer un album très attendu, Miss Anthropocene, qui succède à deux disques acclamés par la critique.  

Pour l’ancienne Montréalaise, qui vit maintenant en Californie avec son conjoint, le milliardaire et fondateur de Tesla, Elon Musk, les dernières années se sont passées sous les projecteurs. Le Journal a parlé de changements climatiques, de Donald Trump et de Montréal avec la musicienne de 31 ans qui donnera naissance à son premier enfant dans quelques semaines.

Grimes en spectacle à Glascow, en 2012. Son troisième album, Visions, connaissait alors un succès planétaire.
Photo d'archives, Wenn
Grimes en spectacle à Glascow, en 2012. Son troisième album, Visions, connaissait alors un succès planétaire.

  Miss Anthropocene est un album concept sur les changements climatiques. Pourquoi avoir choisi ce thème? 

«Je voulais m’attarder sur les morts potentielles de l’humanité. Je trouve qu’on est à une période intéressante de l’Histoire. Pour la première fois, nous sommes rendus à un point où, avec la technologie, nous pourrions éradiquer notre espèce. C’est à la fois terrifiant et impressionnant. Il y a la triple menace d’une guerre nucléaire, des changements climatiques et de l’intelligence artificielle.    

«Les gens sont parfois fâchés contre moi parce que je me sers des changements climatiques d’un point de vue créatif. Je ne peux rien y faire, je trouve ça intéressant et intrigant. Et je veux y plonger encore davantage.»   

Pour ton prochain album, aimerais-tu parler du transhumanisme?

« Oh, peut-être. Je suis définitivement super intéressée par le transhumanisme. Je crois qu’en ce moment, l’être humain est déjà un peu dans un état de transhumanisme de la façon dont nous nous comportons avec nos téléphones. Nous sommes déjà presque des cyborgs. Nous dépendons totalement de nos appareils électroniques que nous gardons sur nous constamment. Je crois que probablement dans les 20 prochaines années, les bébés génétiquement modifiés seront dans les mains de certaines personnes. On l’a déjà vu en Chine avec CRISPR. Je crois que nous sommes à une période assez étrange de l’humanité. »


Vois-tu l’avenir de la planète différemment depuis que tu es tombée enceinte? 

«Pas vraiment. J’étais déjà concernée par la question avant. Je suis autant stressée qu’avant. En fait, je dirais que mon stress a augmenté de 20 %. (Rires)»   

Comment est-ce de vivre dans un pays où le président ne croit pas vraiment aux changements climatiques?

« C’est définitivement très intense. Je ne crois pas que l’Accord de Paris soit suffisant en ce moment. C’est vraiment inspirant de voir des gens comme Greta Thunberg et d’autres activistes essayer de faire bouger les choses. J’essaie d’être optimiste, même si c’est évidemment un cauchemar. Je crois qu’on doit en faire beaucoup plus que les choses simples proposées par les gouvernements. Les gens disent que nous serons carboneutres en 2050. Je ne crois pas que ce soit assez rapide. »

Comment envisages-tu les élections américaines de cet automne?

« Je ne sais pas ce qui va arriver. Je pensais que Bernie (Sanders) avait des chances de gagner. Je crois encore qu’il en a, mais je ne sais plus. Je suis un peu dans une bulle. Quand l’idée du Brexit est arrivée, par exemple, j’étais tellement certaine que la population serait contre. Une grande partie du pays soutient encore Trump. C’est aussi un peu frustrant de vivre dans un pays et de ne pas être en mesure de voter. C’est un drôle de sentiment. »


Depuis que Donald Trump est président des États-Unis, as-tu essayé de convaincre Elon de venir vivre au Canada? 

«Je ne veux pas trop parler de mon copain, mais je ne crois pas que les gens devraient quitter les États-Unis. C’est bien de continuer à rester ici et de voter. L’Amérique est l’un des pays les plus puissants au monde et je crois que c’est important que les gens l’aient à cœur et qu’ils ne quittent pas parce qu’ils sont effrayés.»   

Quand tu as appris que tu attendais un enfant, est-ce que cela a changé les plans pour la sortie de l’album et pour une future tournée? 

«Nous aurions probablement sorti l’album en novembre dernier autrement. Les trois premiers mois [de la grossesse] ont été très difficiles et j’étais plutôt surprise de ça. La grossesse est plus dure que ce que les gens disent (rires). Pour les concerts, nous parlons de les commencer en septembre.»   

Ton album précédent, Art Angels, a reçu de très bonnes critiques à sa sortie, en 2015. As-tu ressenti plus de pression sachant qu’il y aurait plus de gens qui attendaient le nouveau disque? 

«Je crois que j’en ai un peu ressenti. Art Angels était plus commercial et accessible. Mais avec le nouvel album, je ne considérais pas les chansons comme de potentiels extraits radio ou comme de bonnes pièces à jouer sur scène. Je voulais juste faire un véritable album expérimental qui était quand même agréable à écouter.Comme c’était aussi mon dernier album sur 4D [son étiquette de disque], je trouvais que c’était le bon moment pour faire quelque chose de fou et étrange. En fait, je crois qu’Art Angelsa été beaucoup plus difficile à faire à l’époque, car je ne voulais pas être perçue comme unone-hit wonder avec mon disque précédent, Visions. »  


Tu étais une artiste underground à Montréal il y a presque dix ans. Et maintenant, ta vie se retrouve étalée dans les magazines à potins américains. Qu’est-ce que cela change pour toi artistiquement d’être sous les projecteurs à ce point depuis quelques années?

« Je crois que ça ne peut faire autrement que de changer des choses. J’essaie quand même de rester expérimentale dans ce que je fais. La vérité, c’est que je sortirais probablement plus de musique si j’avais un plus petit public qui me suivait. Je travaille sur plein de trucs orchestraux en ce moment et ce n’est probablement pas une bonne idée de les partager maintenant. Je sens que je devrais attendre un peu plus. Si j’avais un statut underground comme avant, peut-être que je l’aurais déjà publié. Je sortirais plus de matériel si je ne ressentais pas la pression. Je m’ennuie de ça. J’aimerais pouvoir encore sortir des trucs sur Soundcloud, mais ce n’est plus vraiment une option. Sauf ce n’est pas la fin du monde non plus! (rires) »

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Photo courtoisie, Eli Russell Linnetz


Quels sont tes liens avec Montréal aujourd’hui? 

«J’ai encore quelques bons amis là-bas. J’aimerais avoir une meilleure connexion avec Montréal. Nous parlons de faire quelque chose là-bas prochainement. Je m’ennuie de la ville, car c’est l’une de mes préférées. Je n’y suis pas retournée depuis cinq ans, je crois [elle a participé à Osheaga en 2016]. C’est définitivement le bon moment pour y retourner. Je veux vraiment faire un spectacle artistique à Montréal dans la prochaine année. Je pense peut-être à une installation. Je trouve que ce serait très cool. Comment est la météo à Montréal en ce moment? Je dois dire que je ne m’ennuie pas trop des hivers! (rires) »