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Les entreprises étrangères appauvrissent le Québec

Le patron de Coveo n’en peut plus de voir Québec leur dérouler le tapis rouge

Louis Tétu
Photo Francis Halin Le grand patron de Coveo, Louis Têtu, estime que le gouvernement aurait avantage à investir plus dans les entreprises d’ici. L’entreprise, qui œuvre dans le domaine de l’intelligence artificielle, inaugure aujourd’hui ses nouveaux bureaux montréalais.

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Un riche dirigeant du Québec inc. accuse des organismes comme Montréal International (MI) d’appauvrir le Québec en voulant attirer des entreprises étrangères à tout prix ici. 

• À lire aussi: Une année record pour Montréal International  

« Ça fait 10 ans que Montréal International (MI) appauvrit le Québec », laisse tomber en entrevue au Journal le PDG de Coveo, Louis Têtu, qui inaugure aujourd’hui ses nouveaux bureaux montréalais de la gare Windsor.  

Alors que Montréal International (MI) annonce cette année encore des investissements étrangers « records » ici, le patron de la techno québécoise Coveo va à contre-courant et tire à boulets rouges sur ceux qui font des pieds et des mains pour les attirer ici.  

« C’est un triple appauvrissement. On exporte la valeur ajoutée de notre éducation. On vient contraindre davantage le manque de main-d’œuvre. Et en plus, on paye pour ça », a dénoncé l’homme d’affaires, exaspéré, en marge d’un forum sur l’intelligence artificielle lundi.  

« J’aimerais mieux que mes impôts servent à remplacer les fax des hôpitaux plutôt qu’à attirer des entreprises étrangères ici », a-t-il ajouté.  

D’après Louis Têtu, il est faux de parler d’« économie de propriétaire » quand les talents québécois, à peine sortis de l’école, sont recrutés par des étrangères au détriment de nos PME, qui en arrachent en pleine pénurie de main-d’œuvre.  

« Qu’est-ce que vous dites quand vous voyez que 70 % des gens qui sortent des universités travaillent au bénéfice des actionnaires étrangers ? » se demande à voix haute le patron de Coveo.  

Chantage fiscal  

Comme l’ex-PDG de BlackBerry, Jim Balsillie, au Canada anglais, Louis Têtu ne mâche pas ses mots à l’endroit de nos gouvernements qui doivent remettre en question leurs politiques d’innovation qui favorisent les géants comme Amazon plutôt que nos PME.  

« C’est du chantage fiscal. Ça aurait été tellement stupide de notre part d’essayer de les attirer. D’ailleurs, on l’a fait », a déploré Louis Têtu.  

Hier, quand Le Journal a demandé au ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, si les craintes de Louis Têtu ou de Jim Balsillie étaient fondées, il a reconnu qu’il fallait rester vigilant pour s’assurer que les étrangères contribuent à l’économie du Québec.  

« C’est sûr que si on recrute des investisseurs étrangers qui vont recruter dans les mêmes talles que les sociétés du Québec qui n’ont pas d’employés, il y a un problème », a laissé tomber Pierre Fitzgibbon.  

À deux pas de lui, le nouveau PDG de Montréal International (MI), Stéphane Paquet, a été piqué au vif lorsqu’on lui a soumis la réflexion du patron de Coveo.  

« Que l’on soit local ou international, on a droit aux mêmes crédits si on fait le même travail. Il n’y a pas un crédit supplémentaire qui arrive tout d’un coup parce que c’est une société étrangère. Dire ça, c’est faux », a-t-il conclu, agacé.