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Votre maison est «toujours» à vendre

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Confiez-nous la vente de votre maison, vous serez libéré de tout souci. Toutes les pubs d’agences immobilières vous le promettent, y compris celle d’un regroupement qui vous invite à faire vous-même le travail pour économiser les frais de commission d’un agent tout en vous offrant conseils et supervision.  

Dans un climat de compétition féroce, les agences redoublent d’astuces pour attirer le client. Les courtiers se présentent comme des acteurs sur de belles photos de casting ultra léchées. Certains vont même jusqu’à se payer d’immenses panneaux publicitaires en bordure des autoroutes. Récemment, les professionnels du courtage immobilier pour lesquels votre propriété représente toujours une vente potentielle semblent s’être mis en mode plus intrusif.   

Il n’y a pas si longtemps, je trouvais régulièrement dans ma boîte des avis d’agences immobilières m’annonçant que la propriété d’un voisin venait d’être vendue et qu’on était prêt à vendre la mienne illico. Ça m’irritait, mais je jetais ces papiers directement dans le bac vert. Puis vint la vague des appels téléphoniques où en décrochant j’entendais le beau message d’un agent dynamique, prêt à venir piquer sa pancarte sur mon terrain. Déjà un peu plus irritant. 

Nouveau mode plus incisif: cet automne, j’aperçois dans ma boîte une jolie lettre. On m’y présente un jeune couple récemment établi au Québec et désirant acquérir une maison pour abriter sa petite famille en devenir. Au bas de la lettre: leurs coordonnées et une jolie photo où la jeune femme enceinte sourit tendrement. Là, on pousse un peu le bouchon.   

J’apprends que des propriétaires plus âgés reçoivent le même message, mais davantage ciblé. Il y est écrit que l’acheteur acceptera votre prix de vente, et ce, en dépit de l’état de votre immeuble. Bref, on veut votre maison!  

Les courtiers consultent les registres fonciers et ont accès à des renseignements délicats leur permettant de cibler leur clientèle. Rien d’illégal dans cette pratique, mais lorsqu’on semble profiter de gens plus vulnérables, mon coefficient d’irritation augmente.  

Il semblerait que les courtiers épluchent aussi les avis de décès.   

Ce week-end, on a affiché sur les réseaux sociaux la copie d’une lettre qui commence comme suit:  

«Il y a quelques mois seulement, vous avez perdu un être cher. Je vous offre toute ma sympathie. Maintenant vous devez décider si vous gardez la maison ou si vous procédez à la vente.»  

Et le courtier vous propose ses services.  

Là, j'atteins le point d’ébullition. Si, comme l’écrivait Jean-Marc Chaput, vivre c’est vendre, alors à mon sens, vendre c’est aussi savoir vivre.