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Le virus de l'incompétence

Le virus de l'incompétence
AFP

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La réaction de l’administration Trump à la crise du Coronavirus en dit long sur l'étendue de son incompétence.  

La propagation rapide du coronavirus est une crise globale majeure de santé publique et elle représente un sérieux test pour les gouvernements. Pour le moment, l’administration Trump échoue ce test lamentablement.  

Au début de la semaine, alors que les premiers cas d’infection en sol américain commençaient à percoler dans l’actualité, les effets de la crise se sont fait sentir sur les marchés américains. L’anticipation de ralentissement des activités économiques globales a entraîné la pire semaine sur les bourses depuis 2008. Avec des pertes de plus de 10%, la bourse de New York est entrée en correction, alors que tous les gains des douze derniers mois ont été effacés. Pour un président qui dépend largement du maintien de la croissance économique et de la performance des marchés pour sa réélection, cette correction boursière est une très mauvaise nouvelle.  

Une intervention désastreuse   

On attendait beaucoup de la conférence de presse de mercredi soir, où Donald Trump devait annoncer comment son administration entend affronter la crise. Alors que la panique s’était déjà emparée des marchés, le but évident du président était de rétablir le calme. Échec lamentable: peu de temps après que le président a pris la parole, les marchés d’options plongeaient, annonçant la poursuite de la dégringolade de jeudi et vendredi.  

Dès les premiers mots de son intervention, il était évident que la principale préoccupation du président était de bien paraître et de minimiser l’impact du coronavirus sur Wall Street. Dans ce but, Trump a servi une salade de mots incohérente dans laquelle il insistait avoir posé tous les bons gestes avant tout le monde et, surtout, il affirmait que le risque d’une propagation du virus aux États-Unis est minime. Le problème est que cette affirmation était contredite par celle que venait tout juste de faire le responsable du Center for Disease Control (CDC), qui affirmait que la propagation du virus aux États-Unis est inévitable.   

Dans la même lancée, le président a nommé Mike Pence à la tête du comité qui supervisera l’énorme tâche de coordination des agences fédérales engagées dans la lutte à cette épidémie. Cette nomination a tout de suite soulevé le doute chez les observateurs, qui soulignent que lorsqu’il était gouverneur de l’Indiana, Pence avait pris des décisions qui allaient dans le sens contraire des recommandations des scientifiques, notamment dans la lutte à la propagation du SIDA.  

Un optimisme sans fondement  

Le président a ajouté que la gravité du virus était relativement mineure, comparable à la grippe ou même au rhume, et que sa propagation pourrait s’éteindre d’elle-même assez rapidement (ce sera comme un miracle, a-t-il dit), ce qui est aussi faux que loufoque. Il affirmait aussi que la mise en marché d’un vaccin contre le nouveau virus ne serait qu’une affaire de semaines, alors que ses propres responsables parlent plutôt d’un minimum de six mois (s’il n’est pas entièrement impossible que des découvertes se fassent dans un temps record, l’échéancier envisagé par Trump semble, à tout le moins, extraordinairement optimiste). Pour le reste, sa déclaration n’était qu’un enchaînement de banalités qui visent à le faire bien paraître, mais qui ne font que révéler l’absence manifeste de stratégie d’ensemble de son administration.  

Deux jours après la mise en place de la stratégie de Trump dans cette crise, il semble que le seul accomplissement qu’on puisse attribuer au comité dirigé par le vice-président Pence est d’avoir su museler les scientifiques du gouvernement américain, qui sont presque unanimes à prôner des mesures immédiates de grande envergure pour ralentir la progression du virus.  

Des problèmes structurels évidents  

Cette crise n’en est qu’à ses premiers jours, mais elle révèle déjà un certain nombre de problèmes structurels propres à l’administration Trump qui ne laissent rien présager de bon pour la suite des choses.   

Dans une crise comme celle du coronavirus, qui est la première grande crise à laquelle fait face le président Trump qui ne soit pas le fait de ses propres actions, le succès de son administration dépendra de la confiance qu’il saura inspirer et de l’efficacité de ses actions, qui dépendront notamment de sa capacité de privilégier les recommandations de la science sur les solutions politiquement expéditives.  

Pour ce qui est de la confiance, les marchés ont déjà indiqué qu’ils n’accordent aucun crédit aux propos rassurant d’un président qui possède le record toutes catégories du nombre de faussetés proférées depuis son entrée en poste (plus de 15 000, selon le Washington Post). Comment faire confiance à un président qui ne croit à la vérité factuelle que si celle-ci fait son affaire?  

Pour ce qui est de l’efficacité de l’action de l’État, il y a aussi assez peu à attendre de la part d’une administration qui ne croit pas à l’État. Alors que toutes les organisations de santé publique sont sollicitées au maximum de leurs capacités, on constate que le refus de la Maison-Blanche de pourvoir tous les postes de responsabilité et les restrictions budgétaires drastiques qu’elle a infligées à ces agences minent sévèrement leur capacité de répondre adéquatement à la crise.   

Cette nouvelle crise montre aussi les effets d’une administration qui discrédite la science lorsque celle-ci mène à des conclusions politiquement désavantageuses. On connaissait déjà le déni de la science dans le cas des changements climatiques, qui peut être politiquement payant étant donné que les effets de ces changements ne se feront sentir pleinement que dans plusieurs années. Avec une épidémie dont la rapidité s’annonce foudroyante comme celle du coronavirus, toutefois, le risque politique d’ignorer les appels à la prudence des scientifiques est beaucoup plus grand.  

Dans cette crise, la principale priorité de l’administration Trump semble être de minimiser ses retombées politiques pour le président lui-même. Le problème est que, comme pour toutes les autres crises qu’il a confrontées jusqu’à présent, Trump semble croire que la crise se résorbera d’elle-même quand elle sera remplacée par une autre crise qui, dans quelques jours, captera l’attention des médias et fera oublier les crises passées. Le problème est que cette approche pourrait fort bien entraîner un relâchement des mesures de prévention dont les conséquences se traduiront inévitablement par des morts qui auraient pu être évitées.   

La réaction à la crise du Coronavirus en dit long sur l’incompétence de l’administration Trump et ses efforts maladroits pour tenter d’étouffer cette crise ne font rien pour améliorer les choses. Les électeurs s’en rendront-ils compte d’ici à novembre prochain? C’est ce qu’on verra.