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L’enfer en République dominicaine: une veuve du Saguenay endettée pour le reste de sa vie

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Photo Roger Gagnon Dany Girard montre la facture de la clinique privée Centro Medico Bournigal, en République dominicaine, qui est longue de sept pages. Tout y est détaillé, même la boîte de mouchoirs.

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Une Saguenéenne a dû s’endetter de 91 000 $ pour régler les frais médicaux de son défunt époux qui a contracté une pneumonie fatale en République dominicaine, même si le couple se croyait bien assuré.   

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Dany Girard est toujours sous le choc du cauchemar vécu en voyage l’hiver dernier. Son mari, Alain Lalancette, est décédé à la suite des complications de santé qui ont débuté à Puerto Plata.   

« On allait fêter notre 45e anniversaire de mariage. Mon mari n’était jamais allé dans le Sud. C’était son premier voyage », raconte la veuve de 67 ans.  

Se faisant une joie de réaliser ce rêve, le couple se croyait bien protégé. Il avait acheté une assurance voyage auprès de la Croix Bleue. Par téléphone, Mme Girard avait réglé le dossier en ne négligeant pas de mentionner les antécédents médicaux de son mari, assure-t-elle.  

Alain Lalancette lors de son rapatriement par avion-ambulance en février 2019. Mis à part le pilote et le copilote, il y avait une infirmière, une inhalothérapeute et un médecin de Montréal, chargés de stabiliser son état.
Photo courtoisie, Dany Girard
Alain Lalancette lors de son rapatriement par avion-ambulance en février 2019. Mis à part le pilote et le copilote, il y avait une infirmière, une inhalothérapeute et un médecin de Montréal, chargés de stabiliser son état.

Emphysème  

« Je leur ai expliqué que mon mari faisait de l’emphysème, et qu’en décembre, il avait fait un épanchement pleural. Mais qu’il était correct et en état de partir. Pour nous, on était [bien] assurés », raconte la caissière retraitée.  

Dès leur premier soir en République dominicaine, fin janvier, la malchance a frappé M. Lalancette, 72 ans. Il a fait une chute dans la salle de bain. Il s’est blessé au dos.  

Le couple a consulté l’agent de Sunwing sur place, le voyagiste qui leur avait vendu leur séjour dans un tout inclus. Il voulait être rapatrié sur-le-champ.   

« Alain ne pouvait pas passer deux semaines comme ça. Il n’était plus capable de marcher, relate Mme Girard. L’agent a refusé. Il nous a dit d’aller voir le médecin de l’hôtel. »  

Ils ont suivi ce conseil. Malgré la prise de médicaments, les choses se sont envenimées pour M. Lalancette, explique son épouse.  

Pneumonie fatale  

« On a rappelé le médecin sur le site et ils l’ont transporté [M. Lalancette] d’urgence dans une clinique privée. Le lendemain, le médecin m’a annoncé qu’il faisait une pneumonie. [Il] a été hospitalisé pendant cinq jours avec un respirateur artificiel. »  

Leurs déboires avec les assurances ont commencé à la clinique. Stressée et ne parlant pas anglais, Mme Girard recevait des messages contradictoires, dit-elle.   

D’une part, elle a contacté la Croix Bleue qui l’a informée que son mari n’était pas couvert pour la pneumonie. On lui a expliqué que sa police d’assurance comprenait une exception pour des ennuis de santé liés à des problèmes déjà connus.    

D’autre part, « le médecin me disait : “Inquiétez-vous pas, Dieu est bon, Dieu est bon.” », raconte-t-elle.   

« Ils appelaient les assurances et ils me disaient que tout était payé. Quand finalement, ils se sont aperçus que les assurances ne payaient pas, les médecins m’ont dit de me dépêcher de le faire sortir de là, que c’était ma responsabilité de payer la note avant de partir. »  

« On était sûrs qu’on était bien assurés. Dans ma tête, on partait l’esprit tranquille », ajoute Mme Girard.  

M. Lalancette sur son lit d’hôpital à l’hôpital de Chicoutimi, à Saguenay, l’hiver dernier.
Photo courtoisie, Dany Girard
M. Lalancette sur son lit d’hôpital à l’hôpital de Chicoutimi, à Saguenay, l’hiver dernier.

Réhypothéquer sa maison  

En désespoir de cause, elle a contacté son fils de 39 ans, dans l’arrondissement de Chicoutimi. Il a retiré ses placements et emprunté pour aider sa mère à acquitter les frais qui s’élevaient à 91 000 $, dont 51 000 $ pour l’avion-ambulance qui a ramené l’homme au Québec.  

« Mon garçon m’a dit : “maman, si tu restes une journée de plus, on ne pourra pas aller vous chercher, car je ne peux pas emprunter plus que ça” », témoigne-t-elle.  

Malgré son rapatriement le 7 février, M. Lalancette est décédé le 3 juin, après quatre mois à l’hôpital de Chicoutimi.  

« Il ne pouvait plus se passer d’un respirateur artificiel. Quand les médecins lui ont expliqué qu’il n’y avait plus rien à faire et qu’il était condamné à passer le reste de sa vie aux soins intensifs, il a décidé de mettre fin au traitement », dit Mme Girard.  

Une campagne de sociofinancement a permis d’amasser environ 12 000 $. En plus de cette somme, Mme Girard a utilisé l’assurance vie de son conjoint, puis elle a réhypothéqué une partie de sa maison pour rembourser son fils.   

Endettée à vie  

« C’est l’histoire d’une vie. Je vais mourir en payant des dettes. C’est un drame que je ne souhaite à personne, surtout quand on pense qu’on est bien assuré », dit-elle.  

« Ce que je retiens, c’est qu’au départ, on a été mal informés. La personne qui nous a offert l’assurance aurait dû nous dire qu’il fallait prendre un autre type d’assurance qui coûtait plus cher [considérant l’historique médical de M. Lalancette]. »  

Mme Girard est restée traumatisée.   

« Je ne sors presque plus de la maison. Je ne fais plus rien. On dirait que j’ai peur qu’il m’arrive quelque chose. »      

  • La Croix Bleue n’a pas voulu commenter ce cas précis, notant que la plupart de ses contrats ne couvrent pas les conditions de santé instables.   
  • Sunwing affirme avoir prêté assistance au couple.