/misc
Navigation

Netflix, où sont les 500 millions ?

Steven Guilbeault
Photo d'archives, Guillaume St-Pierre Le ministre du Patrimoine, Steven Guilbeault, a promis de serrer la vis aux géants du divertissement.

Coup d'oeil sur cet article

Avez-vous déjà essayé de trouver une série ou un film québécois ou canadien sur Netflix ? Pas facile, n’est-ce pas ?

Et pourtant, le géant américain jure avoir investi, comme il l’a promis, 500 millions en « contenu canadien » dans les dernières années.

Il demeure malgré tout impossible, encore à ce jour, de savoir comment cet argent a été dépensé et qui en a profité.

Je suis curieux de connaître le montant qui a été accordé à la création de contenu d’ici, avec des artisans d’ici, ou encore à l’achat de licences d’œuvres canadiennes. 

500 millions ? Vraiment ?

Difficile de croire que le total s’élève à 500 millions.

Pourquoi ? Parce que selon une étude du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) réalisée l’an dernier, le catalogue de Netflix Canada compte moins de 100 titres canadiens, sur 5600. C’est moins de 2 %.

Il s’agit, en plus, d’une estimation généreuse de Netflix.

Car le CRTC et le géant américain ne s’entendent pas sur les critères qui définissent du contenu local, apprend-on aussi.

Ainsi, l’agence de régulation fédérale estime que la plateforme en ligne en compte seulement 68 en date de l’an dernier, une nouvelle d’abord rendue publique par le site spécialisé Cartt.ca.

Quant au contenu québécois, il vaut mieux en rire qu’en pleurer. On dénombre un total de huit œuvres.

Le nombre de titres canadiens sur Netflix, qui partait de très loin dans le paysage médiatique d’ici, est appelé à se bonifier.

Un premier film québécois entièrement financé par le géant du web sera bientôt projeté en salles.

Il n’en reste pas moins que l’on comprend Ottawa de vouloir serrer la vis aux multinationales du divertissement.

« Si on les laisse aller, on n’aura pas grand-chose » en productions d’ici, fait-on valoir en coulisses à Ottawa.

Relation tendue

L’étude du CRTC met en lumière pour une rare fois la relation entre le gouvernement fédéral et Netflix.

On y découvre que cette relation peut parfois être tendue, par exemple sur les critères applicables au contenu canadien, le CanCon comme on le dit dans le jargon.

Sur cette question épineuse, le CRTC remet carrément en question la bonne foi de Netflix. 

« Netflix soutient que leur plus gros problème est qu’il n’y a pas de moyen fiable d’identifier les films ou séries canadiennes. Cette affirmation contredit mes conclusions, alors que dans les faits, une base de données est facilement accessible à tous sur un site web », écrit l’auteur de l’étude.

La tendance de Netflix à gonfler le volume de son contenu canadien semble aussi irriter le CRTC, qui qualifie « d’incohérent » son processus de classification.

Un système brisé

Pourquoi en faire tout un plat ?

Parce que le modèle de financement du contenu canadien est en crise.

Les télédiffuseurs traditionnels, dont les revenus sont en baisse constante, ont l’obligation d’investir dans le contenu local. Une obligation qui échappe aux géants étrangers.

Le gouvernement Trudeau a promis de demander à chaque joueur de faire sa part.

La résistance sera forte de la part de Netflix et des autres. Ces derniers n’ont aucun avantage à subir la même réglementation que les acteurs d’ici.

En coulisses, le gouvernement Trudeau indique être déterminé à mener à terme sa réforme des communications au pays.

Un projet de loi est attendu avant la fin du mois de juin. Tous les yeux seront tournés vers le ministre du Patrimoine, Steven Guilbeault, qui y jouera sa crédibilité politique.