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Ex-déléguée à Los Angeles: Québec savait et n’a rien fait

Le ministère se doutait qu’une fonctionnaire payée 170 000$ avait un double emploi avec son conjoint

Élisabeth Mackay à LA
Phoro d'archives Elizabeth MacKay, ex-déléguée à Los Angeles, écoule en ce moment des vacances accumulées jusqu’à sa retraite en juin 2020.

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Le ministère des Relations internationales savait depuis trois mois que l’une des fonctionnaires les mieux payées du Québec s’était lancée en affaires tout en gardant son lien d’emploi avec le gouvernement. Rien n’a toutefois été fait.   

• À lire aussi: La belle vie à vos frais: apparence de conflit d’intérêts pour l’ex-déléguée du Québec à Los Angeles  

• À lire aussi: Ex-déléguée du Québec à Los Angeles: deux enquêtes administratives ouvertes  

C’est ce que révèle un échange de courriels entre deux cadres du ministère des Affaires internationales et de la Francophonie (MRIF), rendu public suite à une demande d’accès à l’information.       

Le 26 novembre 2019, un directeur adjoint, Sébastien Imbeau, a écrit au directeur des ressources humaines, Louis Métivier. Il voulait l’informer de ses découvertes à propos d’Elizabeth MacKay, l’ex-déléguée générale du Québec à Los Angeles, qui était toujours employée du gouvernement avec un salaire de 170 000 $ par année.      

«Lorsque nous composons son numéro personnel et qu’elle ne répond pas, nous entendons un message d’elle en anglais nous informant que nous avons rejoint Addendum Communication. Nous pouvons donc présumer qu’elle s’est [lancée] en affaires tout en étant en lien d’emploi avec le gouvernement du Québec», a-t-il écrit.      

«Gardons-le à l’esprit...», a simplement répondu Louis Métivier en guise de conclusion dans cet échange.      

Rien de changé  

Pourtant, deux mois plus tard, lorsque notre Bureau d’enquête a révélé qu’Elizabeth MacKay avait un double emploi depuis juin 2019, le ministère a plaidé l’ignorance.      

À la suite de nos questions au ministère, l’ex-déléguée a démissionné de son poste de directrice financière et administratrice d’Addendum Communication.        

  • ÉCOUTEZ Nicolas Lachance, journaliste d'enquête au Journal de Montréal et au Journal de Québec :   

Dans un courriel adressé à la sous-ministre Sylvie Barcelo, après la publication de nos articles, Elizabeth MacKay «reconnaît avoir commis une erreur» en acceptant un poste au conseil d’administration de la compagnie de son conjoint sans en avoir avisé son employeur.      

En plus de la traduction, Addendum Communication offre, selon le site internet, des services aux petites et moyennes entreprises américaines qui souhaitent étendre leurs activités au Québec.       

Elle admet le problème  

Elle fait de même pour les entreprises québécoises en quête d’expansion sur les marchés américains. Il s’agit d’un mandat similaire à celui de la délégation québécoise à Los Angeles.      

«Je reconnais [...] que cela pouvait donner une apparence de conflit d’intérêts», admet Mme MacKay à la sous-ministre.      

Notre Bureau d’enquête a également révélé que malgré la fin de son mandat comme déléguée du Québec à Los Angeles, Elizabeth MacKay n’avait pas quitté la côte californienne.      

Elle a plutôt été réintégrée au sein du personnel du ministère comme administratrice d’État basée à Los Angeles, où son salaire dépasse celui du délégué actuel.      

Or, toujours selon les courriels obtenus, Mme MacKay devait revenir travailler à Québec dans son ministère d’origine.       

Cependant, elle a proposé au sous-ministre de l’époque, Robert Keating, de réaliser ce mandat à partir de la Californie sans être rattachée au personnel de la Délégation du Québec à Los Angeles. Une demande qui a été acceptée.      

«Le mandat pouvait permettre le télétravail», assure le porte-parole du MRIF, Pascal Ouellet, ajoutant cependant que l’examen complet du dossier est toujours en cours.           

  • Vous avez des informations d’intérêt public concernant des dépenses gouvernementales? Contactez-moi en toute confidentialité à : nicolas.lachance@quebecormedia.com   

Un fonctionnaire sonne l’alarme      

Élisabeth Mackay à LA
JDQ

Une réponse qui en dit long...      

Élisabeth Mackay à LA
JDQ

Elle se retire après nos questions      

21 juin 2019   

  • Le mari d’Elizabeth MacKay, Martin Ouellet, incorpore l’entreprise Addendum Communication. Cinq jours plus tard, la fonctionnaire apparaît au registre comme secrétaire et directrice financière.            

1er juillet 2019   

  • Philippe Huneault est nommé délégué du Québec à Los Angeles. Il remplace Elizabeth MacKay, qui exerçait cette fonction depuis quatre ans.            

19 juillet 2019   

  • Dans un courriel adressé entre autres au sous-ministre adjoint, le directeur général de l’administration, Marc Gagné, veut savoir ce que fait Mme MacKay depuis qu’elle n’est plus déléguée.            

30 octobre 2019   

  • Après une longue analyse, Elizabeth MacKay se fait finalement confier un mandat du ministère des Relations internationales. Le sous-ministre accepte qu’elle le réalise à partir de la Californie.            

20 novembre 2019   

  • Mme MacKay signe son entente de retraite, prévue le 11 juin 2020.            

26 novembre 2019   

  • Un directeur du ministère soupçonne qu’elle s’est lancée en affaires tout en étant en lien d’emploi avec le gouvernement.            

10 janvier 2020   

  • À la suite des questions de notre Bureau d’enquête, le ministère assure dans un courriel qu’il n’était «pas au fait de la situation» de Mme MacKay concernant son titre de directrice financière d’Addendum.            

10 janvier 2020   

  • Elizabeth MacKay indique au ministère qu’elle se retirera de l’entreprise.            

28 janvier 2020   

  • Suite à la publication de notre enquête, deux enquêtes administratives sont déclenchées.