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Souveraineté ou soumission culturelle?

Periode des questions
Photo d'archives, Simon Clark La ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy

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Quel est le contraire de la « souveraineté culturelle » ?

La soumission culturelle, j’imagine. Le Québec serait-il prêt à accepter cet état ? Parfois, j’ai cette déprimante impression.

Quand, par exemple, au sujet du rapport Yale, « L’avenir des communications au Canada : le temps d’agir », nos élus restent silencieux et nos élites applaudissent.

Ce rapport, déposé en janvier, découle d’une étude commandée par le gouvernement Trudeau. Appliquées, ses 97 recommandations remodèleraient totalement l’encadrement des communications et de la culture au Canada.

La ministre caquiste Nathalie Roy n’a, à ma connaissance, pas fait de déclaration. Les oppositions non plus. Peut-être se disent-ils que tout cela se passe à Ottawa ou qu’on l’abordera plus tard, après les blocus et le virus. Donnons la chance aux coureuses.

L’enjeu est pourtant énorme. Le constitutionnaliste Patrick Taillon, de l’Université Laval, m’en a fait prendre conscience dans sa chronique Là-haut sur la colline, à Qub, lundi.

Jadis, dans le Dominion, pour déterminer quel palier de gouvernement peut légiférer en matière de culture et communications, on se basait sur les « tuyaux », non sur les contenus. Et c’est Ottawa qui réglementait les tuyaux.

L’ère du numérique, avec ses Netflix, Spotify, etc., a totalement chambardé la réalité. Les contenus sont affranchis des contenants, lesquels sont diversifiés. Autrement dit, les lois dans ce domaine sont caduques. Le CRTC ? Il doit être repensé, rebaptisé, dit Yale.

Quel palier se chargera de l’ère numérique ? Le rapport laisse croire que le fédéral peut tout faire. Comme souvent au Canada, on a « oublié » qu’on vivait en pays fédéral... On a oublié que le Québec formait une nation.

De Bourassa à Legault

D’où ma grande surprise face au silence des élus. Dans le passé, le Québec s’est montré jaloux – du moins dans les discours – de son bout de compétence en culture.

Le libéral Robert Bourassa, dans les années 1970, en réaction à la montée de l’idée de souveraineté et du Parti québécois, a même développé le fameux concept de « souveraineté culturelle ».

Concept repris cyniquement par le Jean Charest de 2008, minoritaire, cherchant à se faire du capital politique nationaliste aux dépens du gouvernement Harper, qui avait coupé quelques subventions en culture.

Charest allait très loin, réclamant une entente Canada-Québec en matière de « radiodiffusion » n’impliquant ni plus ni moins que « la mise en œuvre des programmes ». Le Québec devait décider « des orientations », développer des « programmes qui reflètent ce que nous sommes ». Finalement, le chef libéral se contenta de demander à sa ministre St-Pierre d’écrire à Ottawa. Le gouvernement Charest se contenta d’un accusé de réception. Le combat fut abandonné.

La CAQ nous prépare-t-elle le même genre de reddition, ou un vrai combat ? Elle aussi a promis la « souveraineté culturelle », en 2015, dans son « Nouveau projet pour les nationalistes du Québec ». À ses yeux, cela impliquait une « mainmise des budgets dédiés au milieu culturel par les institutions fédérales ». C’était « à la fois une priorité et une nécessité pour que le Québec assure son épanouissement en tant que nation ».

Si les mots ont un sens, c’est « le temps d’agir », comme dit l’autre.