/sports/huntfish
Navigation

D’intrépides pêcheurs de doré au pied du pont Jacques-Cartier

Le poisson est tout à fait propre à la consommation, selon le ministère de l’Environnement

GEN-Reportage sur la pêche sur glace
Photo Agence QMI, Mario Beauregard Fritzgérald François est un passionné de la pêche.

Coup d'oeil sur cet article

La chose est peu connue, mais des pêcheurs se réunissent sur la glace du fleuve Saint-Laurent tout l’hiver pour taquiner le doré à quelques mètres de la métropole. 

Samedi dernier, le journal 24 Heures s’est joint à deux d’entre eux qui cuisinaient leur poisson directement sur la glace. 

Ça ne mord pas beaucoup, ce jour-là. Fritzgérald François hurle de joie chaque fois qu’il pêche un doré et l’apporte encore gigotant dans la tente. 

Michel Boisvert prépare sa recette de doré qui ne lésine pas sur le gras.
photo Agence QMI, Mario Beauregard
Michel Boisvert prépare sa recette de doré qui ne lésine pas sur le gras.

Son ami Michel Boisvert joue du couteau et découpe les filets, qu’il enfarine. À même la glace du Saint-Laurent, une casserole d’huile à frire bout sur son réchaud au butane. 

À notre gauche, on voit le pont Jacques-Cartier ; au nord, La Ronde et le squelette de bois du Monstre et, à l’est, le mât penché du Stade olympique. Ajoutés au grondement de l’autoroute, ces éléments nous rappellent que l’on n’est pas à Sainte-Anne-de-la-Pérade.

« Ça fait 35 ans que je mange le poisson du fleuve et je n’en ai à peu près jamais acheté à l’épicerie », confie Fritz, 52 ans.

Le Guide de consommation du poisson de pêche sportive en eau douce du ministère de l’Environnement permet huit consommations par mois de doré pêché aux abords de Montréal.

Impossible d’imaginer une viande plus fraîche et plus locale que ces poissons qui cuisent dans une casserole, à quelques mètres des trous dont ils ont été extirpés. Pendant ce temps, une vingtaine d’autres pêcheurs bravent le froid et le vent. Les gens se connaissent, tout le monde se parle.

Vieille tradition

La pêche sur glace ici est une tradition qui remonte à la construction de la voie maritime. Avec moins de courant, l’eau y gèle plus rapidement et plus solidement que sur les parties tumultueuses du fleuve. Un stationnement dans le parc Marie-Victorin de Longueuil jouxte le sentier qui mène à la glace.

« Je pêche ici depuis l’âge de 10 ans », dit Michel Boisvert, qui en a maintenant 55 ans. Il travaille tous les week-ends comme guide de pêche au saumon au lac Ontario et il a hâte de prendre sa retraite de l’hôpital, où il est employé d’entretien, pour pouvoir pêcher tous les jours.

« J’ai appris ma recette de poisson frit dans le parc de La Vérendrye, avec des Indiens. À l’huile qui chauffe dans une casserole, on ajoute un peu de beurre : une demi-livre. On y fait dorer des patates avec de grosses rondelles d’oignons espagnols. Après ça, on met une livre de bacon. On cuit les filets là-dedans. C’est cochon, c’est écœurant », raconte le pêcheur.

Fritzgérald François montre le fruit de ses efforts hivernaux.
Photo Agence QMI, Mario Beauregard
Fritzgérald François montre le fruit de ses efforts hivernaux.

Bientôt la fin

La saison de pêche tire à sa fin. D’ici la mi-mars, un brise-glace viendra provoquer la débâcle pour rouvrir la voie aux paquebots.

Hier matin, malgré le temps doux, la glace d’un pied d’épaisseur accueillait quand même une douzaine de pêcheurs.

Au printemps, Fritz reprendra ses activités de guide de pêche à la mouche au saumon en Gaspésie. 

« J’ai vérifié et je suis le premier et le seul guide certifié de pêche d’origine haïtienne. Ça fait 25 ans que je pêche sur la Matapédia et je n’ai jamais vu un autre Noir sur la rivière ! » lance-t-il.

Arrivé à Montréal avec sa famille qui fuyait la dictature de Duvalier dans les années 1970, il considère que la pêche a contribué à son intégration.