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Elles gèrent un projet de 1,5G$

Des femmes assurent la conception et la construction du nouvel échangeur Turcot

8 mars
Photo Chantal Poirier Camille Roch, Anna Canan et Cloé Doucet de Kiewit du consortium KPH-Turcot.

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Un trio d’ingénieures québécoises gère le projet de construction de 1,5 milliard $ du nouvel échangeur Turcot de l’américaine Kiewit du consortium KPH-Turcot.

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« Quand on m’a nommée chef estimatrice, je suis allée voir mon patron, et je lui ai dit : “Je ne serai jamais capable, je ne pourrai pas le faire”. On m’a dit : “Arrête de penser comme ça, tu es bonne” », confie Anna Canan, 33 ans. 

À deux pas d’elle, Camille Roch, 28 ans. « Je ne m’attendais pas à avoir ma promotion. Ça a été un choc », raconte celle qui est devenue directrice du contrôle de projet, trois ans à peine après avoir été stagiaire chez Kiewit. 

Avant de prendre la parole, Cloé Doucet, 29 ans, nous dit qu’elle n’a pas vécu les choses de la même façon que ses collègues. Elle prend une bonne respiration, et se lance. 

« À ma deuxième affectation, j’ai rencontré mon patron et je lui ai dit : “Je veux ce poste. Je ne suis pas dans l’organigramme, mais c’est celui-là que je veux”. Il m’a dit : “OK, on va t’essayer” », explique l’aide-gérante de construction, qui supervise avec son collègue 35 cadres responsables de 250 travailleurs. 

« Je comprends le syndrome de l’imposteur, poursuit la femme, mais le gars, lui, irait le demander. Alors moi aussi je vais faire la même chose. » 

Villages de Syrie 

Mardi dernier, quand Le Journal est allé visiter avec ces ingénieures le chantier de l’échangeur Turcot qui tire à sa fin, les travailleurs s’empressaient de lever la main pour les saluer. 

« Mon père est ingénieur. Il m’a montré des immeubles qu’il a bâtis dans un village en Syrie. Ça m’a marquée. Ce sont des projets qui durent », raconte Anna Canan, qui est arrivée au Québec à l’âge de cinq ans. 

Après un passage en immobilier, les images fortes de sa jeunesse reviennent l’habiter. Elle s’inscrit à Polytechnique Montréal en génie civil comme son père malgré les doutes. 

« J’ai eu un manque de confiance en moi. J’ai eu le syndrome de l’imposteur. Je suis une femme. Je m’assume comme femme », partage celle qui a reçu le prix Femme professionnelle et ingénieure de l’année en 2018 à sa grande surprise. 

Contrairement à ce qu’on entend sur l’industrie de la construction, les femmes sont bien accueillies dans les grands chantiers, insistent les trois ingénieures, en entretien, sourire aux lèvres. 

Façon de penser 

« En général, les travailleurs sont contents de nous voir parce que l’on amène une façon de penser différente », lance Camille Roch, en enlevant la boue sur ses bottes de travail pour gravir les escaliers temporaires qui surplombent le chantier montréalais. 

En l’écoutant, Cloé Doucet hoche la tête, replace son casque. Un sourire s’accroche à son visage quand on lui demande d’où lui vient cette passion pour la construction. 

« Depuis l’âge de trois ans, je dis à ma mère : “Je veux bâtir des ponts et des routes”. Je lui demandais même de suivre les bétonnières en auto », confie-t-elle, fière d’avoir fait partie du 10 % d’étudiantes féminines de sa cohorte en génie à l’Université de Moncton. 

Au Québec, les femmes gestionnaires gagnent en moyenne 87,6 % du salaire des hommes gestionnaires dans les entreprises québécoises de 200 employés et plus, selon une étude de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) publiée en juin dernier.