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Faut-il se presser de rembourser son hypothèque?

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Illustration Adobe Stock

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Certains se souviendront de cette publicité télévisée où un type faisait part de son dilemme à son conseiller financier : « Dois-je cotiser à mon REER ou rembourser mon hypothèque ? »

« Les deux ! » lui répondait le conseiller, avec l’air de celui qui vient d’inventer le bouton à quatre trous. On devinait par là que son client devait d’abord contribuer à son REER puis réduire son hypothèque avec le remboursement d’impôt.

C’est plein de bon sens, en tout cas c’est loin d’être la pire des options. Accélérer le remboursement de son hypothèque revient d’une certaine manière à épargner dans un compte qui rapporte l’équivalent du taux hypothécaire, libre d’impôt.

Bien oui, éviter de payer de l’intérêt sur un prêt, c’est comme recevoir de l’intérêt sur de l’épargne, c’est toujours ça de plus dans ses poches à la fin de l’année. 

Rembourser son hypothèque, ce n’est pas super payant

La publicité date un peu, mais la question reste d’actualité : où mettre son argent pour qu’il « travaille » le plus ? À l’époque de la diffusion de l’annonce en question, les taux hypothécaires tournaient autour de 6 %. Le CELI n’existait pas.

L’épargne devait alors générer de solides revenus pour battre les économies d’intérêt réalisées grâce au remboursement accéléré de l’hypothèque. Les rendements devaient atteindre quelque chose comme 9 % ou 10 %, car une partie des gains s’envolait en impôt, faute d’abri fiscal.  

Avec les taux hypothécaires en vigueur actuellement et grâce au CELI, il est facile aujourd’hui de surpasser le remboursement anticipé de l’hypothèque. Il suffit de placer son argent à 3 % dans le compte libre d’impôt. Des fonds de placement pépères produisent ces résultats sans trop de risque.

Un emprunteur avec bon dossier de crédit profite actuellement de taux fixe sur cinq ans de moins de 2,75 %. Les conditions pourraient s’améliorer davantage au cours des prochains mois. Dans ces circonstances, pourquoi se hâter de rembourser son hypothèque ?

Emprisonner son argent, pas une super bonne idée non plus

Ce n’est pas la seule raison de préférer l’épargne au remboursement de l’hypothèque. Quand on favorise le paiement de sa maison, le capital s’y trouve immobilisé et devient moins accessible. Il faut recourir au refinancement ou prévoir une marge de crédit hypothécaire si on veut retirer l’argent pour faire face à une urgence ou l’investir ailleurs.

Le refinancement entraîne des frais et le taux d’intérêt sur la marge hypothécaire est plus élevé que celui de l’hypothèque. Pourquoi se dépêcher de payer son logement si c’est pour emprunter ensuite le même argent par une marge de crédit, à un taux plus élevé ?

Sauf si...

Comme on insiste depuis plusieurs années sur les « dangers » du surendettement sans faire de distinction entre les dettes toxiques et celles qui ne le sont pas, ce n’est pas étonnant que des propriétaires veuillent payer leur maison au plus vite.  

Les choix financiers ne s’opèrent pas seulement sur des critères financiers ou mathématiques. Des aspects psychologiques et les valeurs personnelles entrent aussi en ligne de compte. Je comprends qu’on puisse tirer une certaine fierté et ressentir une paix d’esprit à habiter un logement libre de dettes.

Il faut aussi considérer sa personnalité financière. Pour bien des gens, acheter une maison et rembourser l’hypothèque représentent le moyen le plus sûr de s’enrichir. Autrement, ils ont bien du mal à épargner.

De l’argent facilement accessible dans un compte en banque peut exposer à la tentation. Alors oui, mieux vaut l’enfermer dans la brique, sans accès par l’intermédiaire d’une marge de crédit, de préférence. 

Il y a ces gens aussi pour qui il n’y a rien de plus concret que l’immobilier. Ceux-là n’ont pas confiance dans les marchés boursiers. Les seuls produits financiers valables sont pour eux leur maison, la fente sous le matelas et, à la limite, les obligations d’épargne du Québec. Ça peut faire sourire, mais il y a des choix financiers bien pires. 

L’important, après tout, c’est que l’argent ne devienne pas une source de soucis. C’est de dormir tranquille, dans sa maison payée. Ou hypothéquée.