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La joie, au quotidien

Le goût des pensées sauvages
Photo courtoisie Le goût des pensées sauvages
Natalie Jean, Leméac, 144 pages

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« Accumuler les instants parfaits : le but de ma vie », dit l’héroïne d’un des textes du dernier ouvrage de Natalie Jean. C’est aussi le but de ce joli recueil de nouvelles.

Tout n’est que délicatesse dans Le goût des pensées sauvages.

On y croisera une jeune femme qui, de sa fenêtre du deuxième étage, s’amuse à lancer des pétales de fleurs sur la tête des passants. Une enfant qui tous les samedis, sur un banc de parc, retrouve son père sans savoir qu’il est itinérant.

Il y a aussi un jeune homme qui à tout petits pas, à tout petits gestes, se rapproche d’une femme un jour croisée, jamais oubliée, et que le hasard soudain lui ramène.

Et encore un couple qui s’éteint, mais où sous le constat accablant de l’ennui, raconté avec une féroce lucidité, subsiste encore des envies de fantaisie auxquelles la narratrice se raccroche.

Il faut dire que Natalie Jean a un don particulier, celui du bonheur. Toute son œuvre en est traversée ; son dernier livre ne fait pas exception.

Après deux romans, l’auteure renoue ici avec les nouvelles qui avaient composé ses deux premiers ouvrages. C’est une bonne idée tant elle maîtrise l’art du court texte qui concentre toute la saveur de son écriture, faite d’un mélange de tendresse et de douce ironie, un brin naïf, mais jamais mièvre.

En témoigne parfaitement la nouvelle qui ouvre le recueil et celle qui la clôt.

Dans la première, qui porte le titre Qui me voit nue, une jeune femme, Maëlle, va aider son père à faire le ménage du garde-robe de sa mère, récemment décédée.

C’est dur car lui pleure beaucoup et Maëlle, qui avait hâte que son père « extériorise sa peine », s’en trouve bien embêtée. Alors elle brasse des souvenirs, quitte à en mettre un peu trop, voire à en inventer. Et par la grâce d’une robe rouge, la vie reprendra, pour le père comme pour la fille.

Papas aimants

La dernière nouvelle, Un jour peut-être, porte aussi sur un duo père-fille (il y en a beaucoup chez cette auteure), ou plutôt une fillette. On est dans un bungalow des années 60, la mère est partie dans un chalet avec une copine. Le papa est seul avec l’enfant et c’est l’heure de la douche. Qu’ils prennent ensemble.

Et ?... Et c’est tout !

On lit : « Je pourrais facilement transformer le récit [...] en nouvelle glauque [...]. Ce serait sombre et violent, dégoulinant d’enfance fauchée, de candeur piétinée. »

Mais il en pleut de ce genre d’histoires, à quoi bon en ajouter ?, observe la narratrice.

Et l’on se dit à notre tour que ce dont la fiction contemporaine manque cruellement, c’est de papas aimants, d’amoureux gentils, de filles qui s’assument, mais qui veulent aussi rêver, comme il en existe dans la vraie vie... C’est ce que Natalie Jean offre et ce pour quoi on l’apprécie tant.

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