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Mariloup Wolfe vit à fond sa passion pour la réalisation

Mariloup Wolfe
Photo Jocelyn Michel, leconsulat.ca Mariloup Wolfe

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La dernière fois que Mariloup Wolfe a foulé un plateau de tournage en tant qu’actrice, c’était en 2016 dans Sur-vie, ce feuilleton qui dépeignait les coulisses d’une téléréalité amoureuse. Depuis ce temps, elle aligne les projets comme réalisatrice. S’ennuie-t-elle de jouer ? Pas du tout. « Je n’ai même pas le temps d’y penser ! »   

Quand on regarde son agenda, on comprend pourquoi Mariloup Wolfe peine à trouver deux minutes pour songer à retourner au jeu. Quatre mois après avoir sorti son deuxième film (Jouliks), elle s’apprête à dévoiler sa nouvelle série de fiction (Mon fils). Le tout, pendant qu’elle filme sa première série documentaire (Le grand move).Détentrice d’une formation en cinéma de l’Université Concordia, la touche-à-tout avait amorcé ce virage professionnel en 2008 en réalisant son premier long métrage, Les pieds dans le vide, mais ce n’est qu’en 2015, en signant la première saison de Ruptures, qu’elle a observé un véritable changement. Après un tournage éreintant et mouvementé au cours duquel des techniciens avaient claqué la porte pour décrier une cadence de travail trop élevée, elle accouchait d’une série maîtrisée. Et enfin, elle était prise au sérieux non seulement devant, mais derrière la caméra.  

« Dans mon industrie, j’ai senti qu’on disait : ah, OK ! Elle sait réaliser. Elle sait ce qu’elle fait. Les gens du milieu savaient ce que j’avais traversé. Ils voyaient que j’étais solide, que j’étais capable de défendre de gros projets, que j’allais jusqu’au bout. »  

« Ruptures a changé la perception du monde. Aujourd’hui, j’ai beaucoup d’offres de réalisation. Je suis dans les short lists. Je suis présente. Je suis respectée et considérée. »  

Prédestinée  

Mariloup Wolfe nous avait donné rendez-vous au Gipsy, un café-resto-bar du Plateau Mont-Royal, mais c’est finalement chez elle qu’elle nous reçoit. Son plus jeune devant soigner une grippe, elle préférait rester à proximité.  

Dès notre arrivée, elle s’excuse du désordre, mais en parcourant les lieux du regard, on jurerait qu’elle blague. Le rez-de-chaussée à aire ouverte semble directement sorti d’un magazine de décoration. Le seul fouillis décelable se trouve à l’extérieur : la tempête de neige qu’on observe déferler à travers les grandes fenêtres du salon.  

Une fois attablée, Mariloup Wolfe nous explique qu’elle était prédestinée à réaliser Mon fils, la nouvelle minisérie du Club illico qui retrace le parcours d’un jeune homme atteint de schizophrénie. « Le thème m’inspirait. Mon père est psychiatre. Le gars hallucine des loups. Je m’appelle Mariloup... C’était pour moi et personne d’autre ! »  

Corps et âme  

À l’écouter parler avec enthousiasme des tournages des mois d’août et de septembre derniers, du jeu minimaliste des acteurs jusqu’aux grillages de fenêtres qui évoquent le sentiment de dangerosité et d’enfermement des internés, on comprend que Mariloup Wolfe s’est donnée corps et âme à Mon fils. Pour chaque scène d’hôpital, elle était assistée d’un infirmier psychiatrique ou d’un psychiatre pour s’assurer de bien représenter la réalité, particulièrement quand Antoine L’Écuyer devait feindre une psychose.  

L’aventure s’est même transformée en affaire de famille à quelques occasions, nous raconte-t-elle. « Mon père est venu nous voir tourner. Je suis allée visiter son hôpital. Il était tellement fier de m’amener aux soins intensifs, un peu partout... Il était tout content. C’est le fun, parce que ça m’a permis d’entrer dans son univers. »  

Une travaillante  

Drame en six épisodes mettant également en vedette Élise Guilbault, Patrice Godin et Émilie Bierre, Mon fils est écrit et produit par Anne Boyer et Michel D’Astous (L’heure bleue, Yamaska). Le tandem a beaucoup apprécié sa collaboration avec Mariloup Wolfe.  

Dans un message envoyé au Journal, Michel D’Astous décrit la réalisatrice de 42 ans comme une fonceuse qui possède « les qualités humaines pour diriger des comédiens dans des zones sombres de grande vulnérabilité ».  

« Mariloup a proposé une vision artistique et esthétique très inspirante pour que notre histoire soit accessible et positive, commente l’auteur et producteur. Mariloup est une travaillante qui s’investit avec cœur et intelligence. »  

La principale intéressée vante également les mérites des fondateurs de Duo Productions. « Ils m’ont fait confiance. Ils respectaient mon travail. Ils étaient très ouverts. Ils regardaient les rushs et m’envoyaient de beaux messages. C’est un projet qui s’est fait dans l’harmonie. Tout était fluide. Ça fait du bien. »  

Des vacances  

Bien qu’on sente à quel point la réalisation passionne la lauréate de trois prix Artis, on devine qu’elle accepterait de retourner devant l’objectif... à condition d’avoir un emploi du temps moins chargé. Est-ce qu’elle participerait au projet de revival de Ramdam qui plane chez Unis TV ? Pourquoi pas ?  

« J’aime encore jouer, insiste celle qui redevient parfois comédienne pour Chevrolet, dont elle est porte-parole au Québec. Quand je joue, pour moi, c’est comme des vacances. Je n’ai pas de stress, je n’ai pas le fardeau d’avoir réponse à tout, je n’ai pas besoin de réfléchir... On finit en retard ? Ce n’est pas mon problème. On a deux heures d’attente ? Pas de trouble ! »  

« Réaliser, c’est autre chose. C’est une grosse charge mentale. C’est beaucoup de pression... mais j’adore ça. »  


Mon fils atterrit sur Club illico jeudi.  

  

Jouliks: l’heure du bilan  

Mariloup Wolfe
Photos Jocelyn Michel, leconsulat.ca

Mariloup Wolfe n’a aucun filtre en entrevue. C’est du moins l’impression qu’elle donne. Elle répond à toutes les questions avec beaucoup de franchise et d’aplomb. « Étant donné qu’on est chez moi, je pense que j’en dis plus que d’habitude. »Est-elle satisfaite de l’accueil réservé à Jouliks, son deuxième long métrage sorti en novembre ? Oui quant aux critiques, moins quant au box-office. « Quand tu fais un film, tu souhaites qu’il soit vu par le plus de monde possible », observe celle dont le premier long métrage, Les pieds dans le vide, avait récolté 1,3 million $ en 2009.  

Un défi  

Adaptation cinématographique d’une pièce de théâtre de Marie-Christine Lê-Huu, Jouliks dépeint une histoire d’amour passionnelle, mais compliquée entre Zak (Victor Andrés Trelles Turgeon) et Véra (Jeanne Roux-Côté), les parents d’une petite fille de 7 ans prénommée Yanna (Lilou Roy-Lanouette).  

Présenté dans plusieurs festivals, le drame a enregistré des recettes de 199 000 $ durant son séjour en salle, selon Cinéac, terminant au 7e rang du palmarès des films québécois les plus lucratifs de 2019.  

« Quand ton film met en vedette une enfant, c’est compliqué, indique Mariloup Wolfe à propos des défis que devait relever son offre. Certaines personnes trouvent ça charmant ; d’autres, rebutant. Les gens devaient penser que c’était un film cute. Mais ce n’était pas du tout ça. C’était un drame, une tragédie. »  

Nouveaux visages  

Alors qu’on reproche souvent aux producteurs, diffuseurs et réalisateurs d’engager les mêmes grosses pointures, l’absence de têtes d’affiche a probablement nui au succès de Jouliks aux guichets.  

« Je n’ai aucun regret, précise Mariloup Wolfe. Est-ce qu’avec une star, j’aurais attiré plus de monde au cinéma ? Peut-être. Mais avec Jouliks, je voulais choisir des comédiens qu’on connaît un peu moins pour qu’on se laisse porter par une histoire et non par des visages connus. »  

Triste pour les créateurs  

Quant au débat sur l’appropriation culturelle au cœur duquel le long métrage s’est retrouvé juste avant sa sortie, Mariloup Wolfe s’en serait passée. Des membres d’un organisme de défense des droits des populations roms ont effectivement reproché au drame de véhiculer des clichés par rapport aux Roms. Et pourtant, l’équipe du film avait apporté plusieurs changements au scénario après avoir écouté leurs doléances avant d’amorcer le tournage.  

« La campagne de promotion, je l’ai trouvée lourde, reconnaît la cinéaste. La polémique a multiplié mes entrevues par trois. Et pas toujours pour les bonnes raisons. Je devais surveiller tout ce que je disais, tous mes mots. C’était un lot de stress supplémentaire. »  

Cette expérience risque-t-elle de freiner ses ardeurs la prochaine fois qu’un projet du genre croisera son chemin ? Possiblement.  

« Je trouve ça triste pour les créateurs. Parce qu’elle n’est pas réglée, la question. Au contraire. Jusqu’où faut-il aller pour plaire aux gens ? Quand commence la censure ? On n’a pas trouvé les réponses. »  


Jouliks est maintenant offert en DVD, en vidéo sur demande et sur iTunes.  

  

Une première série documentaire  

En pleine promotion pour Mon fils, Mariloup Wolfe admet avoir la tête ailleurs depuis qu’elle a commencé à tourner Le grand move pour Canal Vie. Dans cette série documentaire d’observation, elle suivra des familles des grands centres urbains qui déménagent en région pour profiter d’une meilleure qualité de vie.« J’étais étonnée qu’on m’approche parce que je n’avais jamais fait de documentaire, indique la réalisatrice. J’ai accepté parce que j’aime les défis et parce que ça pourrait m’ouvrir des portes. Quand tu sais jouer et que t’es capable de réaliser des films, des séries de fiction, du documentaire et des pubs, tu devrais avoir du travail pour quelques années. C’est sécurisant. »  

Cette aventure en terrain inconnu a mis le petit côté perfectionniste de Mariloup Wolfe à rude épreuve. « Je suis habituée à tout contrôler, souligne-t-elle. En fiction, tout est calculé. Jusqu’au moindre détail : la longueur du gazon, les toiles d’araignée, la peinture écaillée, la lumière... J’arrive hyper préparée comme réalisatrice. Tout mon découpage est prévu. Je sais où je m’en vais. En documentaire, c’est impossible de préparer tout ça. Ça demande un lâcher-prise. C’est la vraie vie. C’est le vrai monde. C’est autre chose, et c’est tripant. »