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Sur la rue Clark, coin Guilbault Ouest

1958

Avant Après
Photo Collection personnelle d’Alfred Bohns
Photo Ben Pelosse

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CIRCULER DANS LA NEIGE

Photo Collection personnelle d’Alfred Bohns

À l’hiver 1958, cette Chevrolet Bel Air 56 avance lentement sur la rue enneigée, suivant de près un taxi Vétéran. Comme Clark est une rue secondaire, il faut parfois compter plusieurs jours avant qu’elle soit déneigée. Si les automobilistes peinent à circuler, la rue encombrée devient l’endroit rêvé des enfants pour improviser une partie de hockey bottine. Depuis l’invention de la souffleuse par Arthur Sicard en 1925, le déneigement prend tranquillement son essor. Les principales voies de circulation de la région de Montréal sont déneigées pour la première fois à l’hiver 1928-29. Mais en temps de crise économique, certains conseillers montréalais voient l’achat de chasse-neige motorisés comme une façon délibérée d’enlever le travail de pelletage aux chômeurs qui sont plus nombreux en hiver. Bien que nous avons acquis des moyens modernes au fil du temps, la pelle reste un outil essentiel après une bordée de neige, que l’on voyage à pied, en auto ou en vélo !

LES FEMMES VEILLENT AU GRAIN

Photo Collection personnelle d’Alfred Bohns

Si les rues montréalaises portent souvent le nom d’un éminent propriétaire foncier, il ne faut pas creuser bien longtemps pour découvrir les femmes qui ont pris soin de rentabiliser les affaires de la famille. C’est le cas des Clark. En 1819, Stanley Bagg marie la fille unique de John Clark, Mary-Ann. Leur fils, Stanley Clark Bagg, hérite de son grand-père maternel un patrimoine foncier impressionnant : une large bande de terre allant de la rue Sherbrooke à la rivière des Prairies ! Visionnaire comme son aïeul, Stanley Clark Bagg imagine ses terres un jour loties de belles maisons en pierre et en brique. Il décède sans voir son rêve réalisé. De santé fragile, son fils Robert a peu d’intérêt pour l’administration du domaine familial. C’est donc sa sœur, Amélia, responsable du grand livre de comptes entre 1891 et 1927, et sa mère, Catharine, la véritable chef du clan, qui prennent les rênes à un moment crucial : il est venu le temps de vendre !

DES MAISONS EN SÉRIE

Photo Collection personnelle d’Alfred Bohns

La symétrie des maisons couvertes de neige attire le regard. Du numéro 3610 au 3676, ces 17 demeures de la rue Clark s’étendent de Prince-Arthur à Guilbault. Celles-ci sont édifiées entre 1892 et 1894. La spéculation immobilière bat alors son plein. Attendant ce moment depuis des décennies, la famille Clark Bagg procède à la vente du lot qui lui appartient depuis 1814. Finalisée le 15 septembre 1892, la somme s’élève à 30 616,25 $ ; l’équivalent de 50 à 75 cents du pied carré, ce qui constitue un excellent prix pour l’époque ! L’acheteur et promoteur Richard J. Lamb s’empresse de faire fructifier son investissement en construisant d’élégantes maisons mitoyennes à la devanture de pierre grise, qui sont ensuite louées à des artisans, fonctionnaires et petits commerçants. Après le décès du promoteur, ses sœurs, Lily et Maud, doivent se départir des demeures en 1936 à un prix dérisoire ; les valeurs immobilières étant en chute libre avec la crise. Vendues individuellement par la suite, ces maisons ont presque toutes gardé leur allure d’autrefois.


♦ Le Centre d’histoire de Montréal remercie Justin Bur pour son aide à la réalisation de cette chronique.