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Orthopédie : faire sa place dans un univers d’hommes

Deux chirurgiennes orthopédistes s’épanouissent dans ce domaine qui comporte des défis pour les femmes

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Photo Agence QMI, Joël Lemay Âgées respectivement de 35 et 42 ans, les Dres Émilie Sandman et Dominique Rouleau sont chirurgiennes orthopédistes à l’hôpital Sacré-Cœur, à Montréal. Un domaine médical encore très masculin qui représente un défi physique, et une adaptation auprès des collègues.

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Malgré les préjugés et les embûches d’un domaine médical très masculin, deux jeunes orthopédistes de Montréal ont réussi à faire leur place et s’encouragent de voir que l’avenir est prometteur pour les femmes.   

«On se prive peut-être de bonnes candidates. Je veux que les gens sachent que c’est accessible», confie la Dre Dominique Rouleau, orthopédiste depuis 2008.   

Comme le boys club  

«L’orthopédie a toujours été comme un boys club. [...] Les femmes avaient un peu peur. C’est physique», ajoute sa collègue Émilie Sandman, âgée de 35 ans.   

En cette Journée internationale des femmes, Le Journal a rencontré deux chirurgiennes orthopédistes de l’hôpital Sacré-Cœur qui ont bien réussi à faire leur place dans cet univers très masculin.   

Seulement 19 % des orthopédistes au Québec sont des femmes. Une tendance qui tend à se renverser avec les plus jeunes cohortes (voir tableau). Fonceuses et passionnées, ces chirurgiennes carburent aux défis et ne sont pas freinées par les préjugés.  

Scie, marteau, perceuse... les outils des orthopédistes sont plus souvent associés à ceux d’un menuisier qu’à ceux d’un médecin.   

«Quand on opère, c’est très manuel. C’est comme si on faisait de l’exercice physique tout le temps!» résume la Dre Sandman.   

Et encore aujourd’hui, le matériel chirurgical n’est pas adapté aux femmes.   

«Le poids, la grosseur des manches, c’est fait pour des grosses mains. C’est lourd, mais on trouve des trucs», ajoute la Dre Rouleau, une adepte du crossfit notamment pour améliorer ses capacités physiques.   

En fait, cette difficulté technique les a obligées à innover, croient-elles.  

«Il faut réfléchir avant»   

«Ça nous force à trouver des solutions plus douces quand on opère. Pour le patient, c’est mieux. [...] La délicatesse et le manque de force dans notre domaine, c’est une qualité, finalement. Il faut réfléchir avant», fait part la Dre Rouleau, mère de deux jeunes enfants.   

L’approche auprès des patients est aussi différente.   

«On amène le côté maternel», croit la Dre Sandman.   

Première femme orthopédiste à l’hôpital Sacré-Cœur, la Dre Rouleau avoue avoir eu du mal à s’acclimater dans la hiérarchie, au bloc opératoire.   

«Ça a été un choc pour tout le monde. Tu ne peux pas dire : “Donne-moi le bistouri.” Un homme va le faire, et ça passe. Mais, pour les filles, dans notre façon d’être, ce n’était pas la bonne technique de communication. Ça froissait les gens», se rappelle-t-elle.   

Encore aujourd’hui, les chirurgiennes doivent composer avec cette réalité.   

«Si on devient énervées ou impatientes, ce n’est pas accepté par le personnel. Il faut vraiment rester en contrôle», dit la Dre Rouleau, 42 ans.   

«Ça fait partie de la culture», avoue sa collègue, qui ajoute devoir composer avec des commentaires sexistes.   

Malgré cette réalité, ces deux docteures encouragent les jeunes à ne pas se laisser influencer par les stéréotypes de genres.    

«J’aimerais que les jeunes [...] ne se mettent pas de barrières. Quand on est passionné, qu’on aime quelque chose, il y a toujours une solution», dit la Dre Rouleau.   

«Le futur est très prometteur pour les femmes en orthopédie. Les choses changent, et c’est très positif», ajoute la Dre Sandman.   

Femmes chirurgiennes orthopédistes au Québec selon l’âge      

  • 20-29 ans | 0 sur 4 | 0 %  
  • 30-39 ans | 34 sur 110 | 31 %  
  • 40-49 ans | 20 sur 93 | 22 %  
  • 50-59 ans | 20 sur 98 | 20 %  
  • 60-69 ans | 5 sur 73 | 7 %  
  • 70-79 ans | 1 sur 35 | 3 %  
  • 80-89 ans | 0 sur 9 | 0 %  
  • Total | 80 sur 422 | 19 %   

Source : Collège des médecins du Québec, 5 mars 2020