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Sasha Pokulok: le Bobby Orr de la LNAH

Le défenseur Sasha Pokulok
PHOTO COURTOISIE, LNAH Le défenseur Sasha Pokulok

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Le Québécois Sasha Pokulok n’a sans doute pas le talent de Bobby Orr, mais il vient de signer un exploit digne de l’ancienne gloire des Bruins de Boston en remportant, comme défenseur, un championnat des pointeurs. 

Pour ajouter à la comparaison, Pokulok porte le numéro 4 avec les Pétroliers du Nord, dans la Ligue nord-américaine de hockey (LNAH). En 36 matchs, il a totalisé 60 points. L’athlète originaire de Hudson, en Montérégie, a devancé de huit points son plus proche poursuivant, soit l’attaquant Marc-André Tourigny, du 3L de Rivière-du-Loup. 

«C’est justement à cause de Bobby Orr que j’ai choisi ce numéro, mon père [John] m’en parlait toujours quand j’étais jeune, a commenté Pokulok, un peu gêné par la comparaison. Encore dans la dernière semaine, je ne sais pas si je le réalisais [que je pouvais gagner le championnat des pointeurs]. Ce que je peux dire, c’est que je suis dans la meilleure équipe avec laquelle je n’ai jamais joué dans la Ligue nord-américaine. Notre jeu de puissance est juste ridiculement bon. De mon côté, j’ai de la confiance à revendre.» 

De la confiance, il en faut effectivement beaucoup pour dominer autant. On parle d’une moyenne de points par match de 1,67 pour un défenseur. À titre comparatif, Simon Bourque, de l’Assurancia de Thetford, a été le deuxième plus productif chez les défenseurs de la LNAH en saison régulière, avec 36 points, soit 24 de moins que Pokulok. 

Dans la Ligue nationale (LNH), Orr demeure évidemment le seul joueur à cette position à avoir remporté le trophée Art-Ross, remis au meilleur pointeur. Il a réalisé cet accomplissement deux fois plutôt qu’une, en 1970 et 1975. 

Souvenirs de Vancouver 

Pokulok n’est pas Orr, mais son nom est peut-être familier auprès des mordus de hockey. Choisi en première ronde, 14e au total, par les Capitals de Washington au repêchage de 2005, le joueur de 33 ans a notamment participé au Championnat du monde de hockey junior en 2006. Pokulok a ainsi remporté la médaille d’or aux côtés de Jonathan Toews, Guillaume Latendresse, Benoit Pouliot, Kristopher Letang et le défunt Luc Bourdon, pour ne nommer que ceux-là. 

«Je pense que ce qui m’a marqué le plus de ce championnat, c’est lors des coupes finales quelques jours avant le tournoi, a-t-il raconté. J’étais à l’hôtel, avec mon cochambreur Luc Bourdon, à Vancouver. Nous devions recevoir un appel seulement si nous étions retranchés. Finalement, le téléphone de notre chambre n’a jamais sonné. Nous étions tellement contents.» 

Encore aujourd’hui, Pokulok garde contact avec quelques joueurs de cette formation championne, dont Pouliot, un de ses meilleurs amis qui habite d’ailleurs tout près de chez lui à Vaudreuil-Dorion. 

Bientôt les séries 

Éprouvé par différentes blessures, le Québécois n’a jamais atteint la LNH. Après quelques années partagées entre la Ligue américaine et la Ligue «East Coast», il a joué en Allemagne et en Autriche avant de se joindre à la LNAH, dès 2012, avec les River Kings de Cornwall. Il a aussi joué avec le club de Saint-Georges, en Beauce, puis avec les Pétroliers du Nord, à Laval. 

«Nous avons pas mal de blessures chez les Pétroliers présentement, a indiqué Pokulok, qui disputait son dernier match de la saison régulière contre Rivière-du-Loup, dimanche après-midi, au Colisée de Laval. Mon souhait, c’est que les gars se rétablissent pour qu’on puisse entamer les séries éliminatoires en lion.» 

«Je me voyais comme un échec» 

Choix de première ronde des Capitals de Washington au repêchage de 2005, le défenseur québécois Sasha Pokulok s’est longtemps perçu comme un échec. Il avait honte de ne pas avoir réussi à percer dans la Ligue nationale de hockey (LNH). 

«Avant, je me disais: je suis un échec, a-t-il témoigné dans une touchante entrevue. J’ai dû passer par un long processus d’acceptation. Tout le monde a une histoire différente. Dans mon cas, c’est sûr que les blessures et les commotions ne m’ont pas aidé, surtout au début de ma carrière. Quand tu es jeune, tu ne peux pas être totalement prêt à faire le saut chez les professionnels. Il y a eu la pression, les joies et les déceptions quand tu es rétrogradé. Et tranquillement, j’avais un peu perdu le goût de jouer au hockey.» 

Selon le principal intéressé, c’est en dirigeant des jeunes hockeyeurs, l’été dernier, qu’il a fait son deuil de sa carrière professionnelle. 

«En même temps, j’ai retrouvé le plaisir de jouer», a noté Pokulok, un colosse de 6 pi et 5 po qui n’a jamais été autant productif. 

Un sentiment de fierté 

Dorénavant, lorsqu’il jette un regard sur sa médaille d’or obtenue avec l’équipe canadienne au Championnat mondial de hockey junior de 2006, le Québécois a surtout un sentiment de fierté. Avec du recul, le défenseur savoure également certaines expériences vécues à l’Université Cornell, puis dans la Ligue américaine – surtout chez les Bears de Hershey – et en Europe. 

«Il n’y a que très peu de joueurs qui atteignent la LNH, mais il n’y a pas tellement de personnes non plus qui ont vécu ce que j’ai vécu grâce au hockey, a-t-il résumé. Aujourd’hui, j’accepte ça et je sais que je ne suis pas un échec.» 

De nombreux souvenirs 

Ayant joué au hockey junior en Saskatchewan afin d’emprunter rapidement le chemin de la NCAA, Pokulok a notamment côtoyé Teddy Purcell chez les Hounds de Notre-Dame. À l’Université Cornell, il a eu Matt Moulson et Ryan O’Byrne comme coéquipiers. 

Son chemin a aussi croisé celui de nombreux espoirs des Capitals, dont Jay Beagle, Eric Fehr, Mathieu Perreault et... Karl Alzner. Autant de noms qui le replongent dans ses précieux souvenirs!