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Jean-Marc Légercombat des générations

20% des Québécois se sont déjà fait voler leur identité

Discussion entre le baby-boomer et sondeur Jean-Marc Léger et son fils, Philippe Léger, millénial et journaliste.

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Qu’ont en commun Facebook, Yahoo, Equifax, Desjardins, Uber et le gouvernement du Québec ? Ils ont tous été victimes d’une fuite massive des données de leurs membres.

Des groupes comme Desjardins ont eu l’honnêteté de divulguer l’information et d’agir de façon transparente, mais bien d’autres entreprises l’ont caché. Mais ce n’est pas parce qu’il y a fuite de données qu’il y a fraude. Mais il y a de quoi être inquiet.

20 % des Canadiens, soit 1,3 million d’adultes, affirment avoir été victimes d’une fraude liée à un vol d’identité. Si certains délits sont mineurs, comme un courriel détourné ou un montant porté à votre carte de crédit, d’autres sont majeurs et ont fait vivre l’enfer à plusieurs.

JML : Pourtant, 45 % des gens n’accordent pas beaucoup d’importance à la protection de leurs données personnelles.

PL : Et ce taux grimpe à 62 % chez les jeunes de ma génération. Inconscients ou mal informés, ils ne s’en préoccupent pas vraiment. 

JML : Certains peuvent trouver normal que les entreprises amassent nos données personnelles. Mais ce n’est pas normal qu’ils ne paient pas pour ces informations, qu’ils les utilisent et les vendent sans nous en informer. 

PL : En théorie, tu as raison. Le problème, c’est que les entreprises entrent de plus en plus dans notre intimité, en catimini, et sans qu’on le sache vraiment. 

JML : Je peux comprendre qu’une personne donne son adresse courriel, mais que d’autres soient prêtes à donner leur numéro de passeport, de compte de banque ou d’assurance sociale, ça me dépasse ! 

PL : Ils sont résignés, sachant que les entreprises possèdent déjà plein de données sur eux. Les jeunes sont prêts à tout donner en retour d’un rabais, d’une carte-cadeau ou d’un produit gratuit.

JML : Les compagnies le savent et connaissent presque tout de vous. Qui êtes-vous, que faites-vous, quels sont vos champs d’intérêt, qu’achetez-vous, et même, que ferez-vous demain ?

PL : 78 % des gens croient, avec raison, que Facebook, Amazon ou Google les traquent pour leur envoyer des publicités ciblées. 

JML : Cela veut surtout dire que 22 % n’en sont pas conscients. Avant, les compagnies scrutaient nos comportements d’achats. Aujourd’hui, ils veulent nos données de santé et nos données biométriques.

PL : Par exemple, les compagnies d’assurance s’intéressent à nos données de santé en temps réel. Simplement en vous donnant une Apple Watch, elles peuvent savoir si vous allez au gym, mangez du fast-food et si vous dormez bien. Avec de bons résultats, vous paierez moins cher votre assurance ou l’inverse. C’est pernicieux et franchement inquiétant. 

JML : Une entreprise torontoise aurait maintenant un système de reconnaissance faciale permettant de suivre et de cibler les personnes dans les hôtels, les commerces ou les milieux de travail. En Chine, on utilise un système semblable pour donner des points crédits aux citoyens exemplaires.

PL : Cela peut aussi devenir un pouvoir de manipulation. Un des facteurs de l’élection de Trump et de la réalisation du Brexit, c’est une opération d’espionnage à grande échelle. Au lieu de manipuler directement le cerveau, certains décident plutôt de manipuler l’information qui se rend aux électeurs. 

JML : Si certains sont inconscients face aux dangers de partager l’information, d’autres en deviennent paranoïaques. 38 % des gens sont convaincus d’être écoutés par leur téléphone et 47 % croient qu’ils sont filmés à leur insu avec la caméra de leur ordinateur.  

PL : Et c’est presque deux fois plus chez les jeunes que chez leurs aînés. Nous sommes donc plus conscients d’être espionnés, mais cela nous dérange moins. Étrange paradoxe.

JML : Les gens âgés sont plus méfiants avec internet et il faut leur apprendre à lui faire confiance. C’est l’inverse chez les jeunes. Ils ont totalement confiance et il faut leur apprendre à être méfiants. 

PL : Les jeunes n’ont pas de retenue sur internet et sur les médias sociaux. Non seulement ils devraient se méfier des autres, mais ils devraient surtout se méfier d’eux-mêmes.

Le son d’âge