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La sombre face cachée de l’économie du «partage»

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Les plateformes de location de logements à court terme comme Airbnb font la manchette ces temps-ci. À Montréal, plusieurs arrondissements sont aux prises avec des violations répétées des règlements municipaux, mais manquent de ressources pour les faire respecter.   

Avec un taux d’inoccupation au plancher dans les arrondissements centraux, la mairesse réclame plus d’inspecteurs de la part de Revenu Québec. À Toronto, une étude soutient qu’AirBnB alimente le faible taux d’inoccupation des logements.  

  • Écoutez l'entrevue de Jean-Denis Garon avec Jonathan Trudeau à QUB Radio:

Malgré toute cette mauvaise presse, beaucoup de gens ont un préjugé favorable à l’endroit de ces plateformes numériques.   

L’économie d’Uber ou de Airbnb se fait joliment appeler l’économie « du partage » ou « l’économie collaborative ». On présente même leurs usagers comme des entrepreneurs.   

De l’exploitation ?  

Derrière ce vernis de relations publiques se décline une réalité beaucoup plus triste. Celle de Canadiens qui font de plus en plus appel au cumul d’emplois et au travail au noir pour joindre les deux bouts ou pour accéder à la propriété.   

Selon une récente étude de Statistique Canada, le pourcentage de Canadiens qui œuvraient dans l’économie « collaborative » est passé de 5,5 % à 8,2 % entre 2005 et 2016. Le revenu moyen y était de 4303 $ en 2016.   

Les travailleurs faisant partie des 40 % des revenus les plus faibles étaient deux fois plus susceptibles que les autres de participer à cette économie dite « du partage ».   

Les immigrants arrivés au Canada depuis moins de deux ans étaient, eux aussi, presque deux fois plus présents sur ces plateformes que la moyenne. On peut aisément imaginer que ce n’était pas leur plan de carrière initial.   

Régions plus pauvres  

Même son de cloche dans une étude de la Banque du Canada. On y observe que 30 % des répondants étaient engagés dans au moins une activité du secteur informel en 2018. Plus du tiers de ceux qui le faisaient en raison d’une situation économique difficile.   

La moitié de ceux qui travaillaient dans le secteur informel accepteraient de faire le même travail, dans une vraie entreprise traditionnelle, sans même obtenir d’augmentation de salaire.  

On y montre que la participation dans l’économie informelle est plus imposante dans les provinces où les salaires croissent lentement et où le chômage est élevé.   

Bref, lâchez-nous un peu avec l’économie du partage et avec les plateformes collaboratives. Ce dont on parle, c’est aussi du capitalisme de la misère.   

Prendre du recul  

Les gens du marketing présentent ces plateformes comme l’avenue du futur pour mieux utiliser les ressources. Pour empêcher que des voitures demeurent stationnées. Ou que des chambres restent vides dans nos appartements.   

Dans la réalité, ce que les gens aiment, c’est payer moins cher pour une course en taxi. Ou payer une chambre d’hôtel en dessous du prix coûtant. Ce qui n’est pas plus éthique que de payer sa gardienne deux dollars de l’heure.   

Pendant ce temps, personne ne parle des conditions de travail dans le secteur dit « collaboratif ». Alors qu’on devrait plutôt réfléchir à la bonne façon de sortir nos concitoyens les plus vulnérables de ce carcan.   


► Jean-Denis Garon est professeur à l’ESG UQAM