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Entre virus et guerre des prix, le pétrole encaisse sa pire séance depuis 1991

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NEW YORK | Les cours du pétrole ont encaissé lundi leur pire séance depuis le début de la guerre du Golfe en 1991 en chutant d’environ 25% à New York comme à Londres après l’échec de discussions entre la Russie et l’Arabie saoudite.  

Après avoir dégringolé de plus de 30% en tout début de journée, le baril de WTI coté à New York a finalement terminé en baisse de 25% à 31,13 dollars quand le baril de Brent échangé à Londres a lâché 24% à 34,36 dollars. Ils terminent tous deux au plus bas depuis début 2016.    

  • Le professeur de physique de l'Université de Montréal, Normand Mousseau, était avec Jonathan Trudeau à QUB Radio:    

  

Cette déroute s’explique par la décision de l’Arabie saoudite, qui peut extraire de l’or noir à très faibles couts, de baisser unilatéralement ses prix à la livraison, opérant la plus importante réduction en 20 ans.  

Cette initiative spectaculaire et lourde de conséquences a été prise dans la foulée de discussions de l’OPEP+ (rassemblant l’OPEP et ses partenaires, dont la Russie), qui se sont conclues sans accord vendredi alors que l’épidémie de coronavirus provoque des craintes sur l’activité économique et donc la demande d’or noir.  

La Russie, deuxième producteur mondial de pétrole et qui n’est pas membre de l’OPEP, s’était opposée à une nouvelle réduction de 1,5 million de barils par jour.  

Cette mésentente avait déjà fait plonger les cours du brut de 10% vendredi.  

Pour Jeffrey Halley, analyste chez Oanda, « l’Arabie saoudite semble avoir l’intention de punir la Russie », avec sa décision de casser les prix.  

Aramco a ainsi vendu son baril d’Arabian Light à un prix sans précédent: 10,25 dollars en dessous du baril de Brent de la mer du nord, selon l’agence Bloomberg News.  

Forte de ses réserves financières, la Russie a de son côté affiché sa fermeté dans le bras de fer entamé avec Ryad, se disant prêt à faire face à la plongée des cours du brut et à soutenir sa monnaie.  

Onde de choc  

« L’effondrement des prix du pétrole a d’énormes répercussions à l’échelle mondiale, la viabilité financière de diverses entreprises et de divers pays étant remise en question », a estimé Josh Mahony, analyste pour IG.  

Les marchés d’actions ont dans la foulée plongé, de Tokyo à Wall Street.  

Alors que les Bourses des pays riches en hydrocarbures avaient déjà fortement reculé dimanche, les cotations ont été suspendues au Koweït pour le deuxième jour consécutif en raison de la dégringolade de 10,3% de son principal indice.  

La Bourse d’Arabie saoudite, la plus importante du Golfe, a dévissé de 9,4% tandis que le titre du géant pétrolier Saudi Aramco a chuté de 10%, bien en dessous de son prix d’introduction en décembre.  

Le marché du pétrole va probablement rester au tapis durant les prochains mois, les rabais de l’Arabie saoudite se conjuguant avec le coup d’arrêt donné à la croissance économique mondiale par le coronavirus, qui a fait chuter la demande d’or noir, a ajouté cet analyste.  

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a ainsi indiqué lundi que la demande mondiale de pétrole devrait se contracter cette année, pour la première fois depuis 2009, avec une diminution d’environ 90 000 barils par jour (bpj) par rapport à 2019.  

Compte tenu de « l’extrême incertitude », elle a aussi publié un scénario plus pessimiste (-730.000 bpj) si les régions affectées prennent plus de temps pour se remettre et que le virus s’étend plus largement.  

« Il y a encore un léger espoir que l’Arabie saoudite agite la menace d’un tel scénario pour tenter de ramener les membres de l’OPEP+ à la table des négociations avant l’expiration fin mars des réductions de production actuelles, mais il est peu probable que la Russie se plie à une telle tactique », a estimé Bjarne Schieldrop, analyste pour SEB.