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Québec continue d’investir dans l’hydrogène

Une deuxième station de ravitaillement sera construite, malgré la rareté des véhicules à l’hydrogène

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Photo Jean-François Desgagnés La Toyota Mirai 2021

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Même si aucun véhicule à l’hydrogène n’a été vendu aux consommateurs québécois encore jusqu’ici, le gouvernement Legault investira dans la construction d’une deuxième station de ravitaillement dans le corridor Montréal-Québec.

Le gouvernement du Québec poursuit cette aventure, alors qu’il loue à grands frais et teste des véhicules à hydrogène dans le cadre d’une expérience pilote, sans fixer d’échéancier pour son évaluation.

Un appel de proposition pour la construction d’une nouvelle station d’approvisionnement a été publié récemment par Transition énergétique Québec (TEQ).

L’organisme gouvernemental a été chargé, en 2018, de mener un « banc d’essai » pour le gouvernement afin de tester l’utilisation de l’hydrogène comme carburant dans le secteur du transport.

La toute première station publique de ravitaillement en hydrogène, installée dans une station-service du boulevard Wilfrid-Hamel, à Québec, a coûté 5,2 millions $, dont plus de la moitié a été déboursée par TEQ (2,9 millions $) et Ressources naturelles Canada (1 million $).

Le coût de la nouvelle station projetée par le gouvernement n’est pas encore connu.

Flotte gouvernementale

Pour ce projet-pilote, Québec vient aussi de louer pour une durée de quatre ans une voiture Nexo de la compagnie coréenne Hyundai au coût de 41 449 $.

Celle-ci ira donc rejoindre la flotte gouvernementale de véhicules alimentés à l’hydrogène, qui compte déjà 50 voitures Mirai de la japonaise Toyota. Ces dernières ont été louées pour quatre ans par le gouvernement en juillet 2019, au coût de 2,9 millions $.

Or, des experts remettent en question l’utilité de ces investissements par le gouvernement dans un contexte où l’hydrogène paraît peu rentable pour le transport personnel (voir ci-dessous).

Par ailleurs, aucun véhicule Mirai ni Nexo n’a été vendu dans la région de Québec où se trouve pourtant la seule station de ravitaillement publique au Québec, ont indiqué des professionnels des deux compagnies rencontrés au Salon international de l’auto de Québec, jeudi.

« À ce moment-ci, je ne verrais pas l’opportunité d’avoir plus de véhicules, mais ce n’est pas exclu non plus », souligne en entrevue le directeur des partenariats et responsable du projet-pilote des véhicules à hydrogène chez TEQ, Mathieu Payeur.

Durée de quatre ans

Toutes ces voitures à hydrogène en location doivent permettre au gouvernement de récolter des données sur leur autonomie, leur comportement et leur efficacité, et ce, en condition hivernale, précise-t-il.

Le mesurage a débuté cet automne et aura une durée de quatre ans.

Les véhicules à hydrogène sont gérés par le Centre de gestion du matériel roulant et prêtés aux fonctionnaires des différents ministères de la région de Québec. La Ville de Québec a également signé un partenariat avec le gouvernement afin de pouvoir s’en servir pour ses activités.

Unique borne à Québec

Seul problème, comme l’unique borne publique d’alimentation est située à Québec, il devenait risqué de s’éloigner de la capitale nationale.

« Une des considérations, c’est de permettre les grandes distances. [Le manque de stations], c’est un frein pour améliorer la qualité des données qu’on pourrait avoir », a précisé M. Payeur en entrevue avec l’Agence QMI.

Le choix a été fait de commander un seul véhicule Nexo puisque les véhicules de type VUS sont moins souvent utilisés au sein du gouvernement.

« Si on a besoin d’un VUS, normalement, ce sont des applications un peu plus particulières. [...] Mais il n’y avait pas nécessairement ce besoin-là à ce moment précis, et évidemment, il y avait une question de coûts », mentionne Mathieu Payeur.

La flotte gouvernementale 

50 Toyota Mirai

Coût : 2,9 millions $

Autonomie : 500 km

Louées pour 48 mois en février 2019

Prix de la voiture neuve : 73 870 $

Fait le plein en cinq minutes

Une station publique de ravitaillement en hydrogène 

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Photo Jean-François Desgagnés

► Située sur le boulevard Wilfrid-Hamel, à Québec

► Inaugurée en 2019

► Peut accommoder entre 250 et 300 véhicules

1 Hyundai Nexo

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Photo Jean-François Desgagnés

► Fait aussi parti de la flotte du gouvernement

► Coût : 41 449 $

► Autonomie : 570 km

► Prix de la voiture neuve : 73 000 $

► Fait le plein en quelques minutes

► Louée pour 48 mois en octobre 2019

De l’argent tiré par les fenêtres, déplorent des experts

Des experts du domaine de l’énergie remettent en question l’utilité, pour le gouvernement, de continuer à investir pour des infrastructures dans le domaine de l’hydrogène dans le contexte actuel.

« C’est de l’argent tiré dans le dalot », tranche le physicien et auteur Pierre Langlois au sujet d’une éventuelle deuxième station de ravitaillement en hydrogène dans le couloir Montréal-Québec.

Les voitures alimentées par l’hydrogène possèdent une motorisation électrique. Mais si les voitures électriques sont alimentées par une pile, celles à hydrogène fonctionnent grâce à la combustion de ce gaz qu’il est possible de produire par l’électrolyse de l’eau, donc sans émettre de gaz à effet de serre (GES).

Or, selon Pierre Langlois, les avancées récentes dans le domaine des piles électriques pour voitures sont si intéressantes qu’elles rendent désuets les investissements dans le domaine de l’hydrogène.

Même avec la construction d’une deuxième station de ravitaillement dans le couloir Montréal-Québec, le coût élevé des voitures à hydrogène (plus de 73 000 $ pour une Toyota Mirai) fait en sorte qu’elles restent peu attrayantes pour le grand public, estime l’un des administrateurs de l’Association des véhicules électriques du Québec (AVEQ) et ancien ministre de l’Environnement, Daniel Breton.

« Un essai »

Transition énergétique Québec (TEQ) se défend toutefois de vouloir « faire rentrer » l’hydrogène dans la province. « Il faut voir ça comme un essai pour voir si le Québec peut faire quelque chose avec ça », explique la directrice générale des affaires stratégiques chez TEQ, Anne Guertin.

« L’objectif à plus ou moyen terme, c’est de regarder la place de l’hydrogène plus dans le transport lourd [...], mais ça ouvre quand même la porte pour, par exemple, une compagnie de taxi qui voudrait électrifier sa flotte. Maintenant que l’hydrogène [est disponible] dans la région de Québec, c’est une option », précise son homologue aux partenariats chez TEQ, Mathieu Payeur.

Si des projets de conversion de véhicules lourds à l’hydrogène sont présentement menés en Alberta, entre autres, aucun véhicule de cette catégorie n’est actuellement disponible sur le marché, indique Mathieu Payeur.