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Woody Allen censuré

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Il y a le coronavirus qui menace la santé physique de la planète.   

Mais un autre virus menace la santé culturelle du monde : c’est le virus de la censure, du musellement, du «Tu es coupable jusqu’à preuve du contraire» : c’est le censurovirus.   

Il se propage par le tribunal de l’opinion publique et vient de frapper Woody Allen : l’éditeur Hachette a renoncé vendredi à publier ses mémoires. Allen paria, Allen toxique, Allen mis en quarantaine, alors qu’il n’a jamais été poursuivi, jamais été condamné.   

Ça ne vous fait pas peur, ce virulent virus viral là?   

Pas d'anti-corps  

La semaine dernière, 70 employés de Hachette ont «débrayé» : ils sont sortis de leurs bureaux new-yorkais pour dénoncer le fait que la maison d’édition allait publier Apropos of nothing, les mémoires du réalisateur de Manhattan.   

Pourquoi donc? À cause de ces vieilles allégations voulant qu’Allen ait abusé sexuellement de Dylan, sa fille adoptive, en 1992.   

Or, Woody Allen a beau avoir réalisé Crimes et délits, il n’a jamais été trouvé coupable du moindre crime. Il a toujours clamé son innocence.   

La Clinique des abus sexuels sur enfants de l’hôpital de Yale-New Haven a mené une enquête, ordonnée par la police du Connecticut. Sa conclusion : «Dylan n’a pas été agressée par M. Allen», mais elle était «probablement entraînée ou influencée par sa mère», Mia Farrow. Une enquête de 14 mois du Département des Services sociaux de l’État de New York a conclu : «Aucune preuve crédible n’a déterminé que Dylan Farrow a été agressée ou maltraitée».   

Alors pourquoi, en 2020, un éditeur cède-t-il à la pression #metoo pour empêcher Allen d’écrire?   

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Dylan a donné sa version des faits sur plusieurs tribunes, Ronan Farrow a défendu sa sœur sur plusieurs tribunes, Mia Farrow a donné sa version... mais quand le principal intéressé veut raconter sa vie de cinéaste, la société civile lui dit : «Ferme ta gueule!?»    

Un homme, qui n’a jamais été trouvé coupable de quoi que ce soit par la justice, qui n’a jamais été accusé de quoi que ce soit par la justice, subit une injustice inouïe. Accusé, jugé et trouvé coupable... par le tribunal populaire.   

Ça me donne froid dans le dos. Et les artistes devraient tous réfléchir à ce tweet de Stephen King :   

«La décision de Hachette de renoncer au livre de Woody Allen me rend très mal à l’aise. Ce n’est pas par rapport à lui ; je m’en fous de Mr. Allen. C’est la question de savoir qui sera le prochain à être muselé qui m’inquiète.»    

Vous savez ce que disait l’intellectuel français Jacques Attali? «Dans un monde où l’information est une arme et où elle constitue même le code de la vie, la rumeur agit comme un virus, le pire de tous, car il détruit les défenses immunitaires de sa victime».   

Les mains sales  

Spectacles annulés (SLĀV, Kanata), chansons retirées des ondes (Michael Jackson, Éric Lapointe), film ostracisé (Polanski), et maintenant un livre non publié. À quel moment va-t-on réagir? Quand il sera trop tard, qu’on aura tous été infectés?   

Contrairement au coronavirus, on ne peut pas juste s’en laver les mains. 

L'ÉDITO DE SOPHIE DUROCHER