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La récession frappe à nos portes

La Bourse de Toronto a connu hier l’une des pires chutes de son histoire, comme d’autres centres financiers

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Photo AFP Meric Greenbaum, négociateur à la Bourse de New York, affichait son désarroi hier matin avant même l’ouverture des marchés. Et ça ne s’est pas amélioré pas la suite.

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La crise du coronavirus et la chute des cours du pétrole ayant fait dégringoler la Bourse de Toronto hier accroissent le risque que le Canada entre en récession.  

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« C’est sûr que les chances de connaître une récession technique [deux trimestres négatifs] au Canada augmentent. Les probabilités sont rendues autour de 40 % ou 50 %. Ce n’est pas encore notre scénario de base, mais on n’est plus à 20 % ou 25 % comme la semaine dernière », a affirmé hier au Journal Clément Gignac, économiste en chef d’iA Groupe financier.   

Il rappelle que les blocus ferroviaires ont déjà ralenti l’activité au pays.   

Alors que le COVID-19 faisait un premier mort au Canada, l’indice principal de la Bourse de Toronto a plongé de 10,3 % hier pour descendre à son plus bas niveau depuis janvier 2019.    

Depuis son sommet historique atteint le 20 février, le recul totalise maintenant plus de 19 %, à un cheveu de ce qu’on appelle officiellement un marché baissier.   

On est toutefois encore loin de la chute de plus de 49 % enregistrée par le parquet torontois lors de la crise financière de 2008-2009.   

Le pétrole s’effondre  

Les cours du pétrole se sont effondrés de plus de 25 % hier, après le refus de la Russie de réduire sa production en réponse à la baisse de la demande causée par le coronavirus.    

L’Arabie saoudite a réagi en sabrant les prix pour son or noir.   

Ce bras de fer inattendu a fait reculer de 27 % le sous-indice énergétique de la Bourse de Toronto.    

La pétrolière Cenovus de Calgary a perdu plus de la moitié de sa valeur en une seule journée.   

Comme certains gisements de pétrole de l’Alberta ne pourront plus être exploités de façon rentable, le risque que la province tombe en récession est maintenant de 75 %, estime M. Gignac.   

En revanche, les détaillants Dollarama et Walmart ont échappé à la saignée, les investisseurs estimant qu’ils pourraient bénéficier de la volonté de certains consommateurs de faire des provisions de biens essentiels.    

Le titre du fabricant de produits nettoyants Clorox a poursuivi sa croissance. Pas étonnant puisqu’il se trouve sur la liste des désinfectants efficaces des autorités sanitaires américaines pour lutter contre ce type de virus.   

Le dollar canadien, fortement dépendant des ressources naturelles, a perdu plus d’un cent pour clôturer à 73,54 ¢ US.   

Chutes à la Bourse  

Aux États-Unis, la baisse des trois principaux indices a dépassé les 7 %.    

Peu après l’ouverture de la Bourse de New York, un coupe-circuit a entraîné une suspension des échanges pendant 15 minutes.    

En Italie, épicentre du coronavirus en Europe, la Bourse de Milan a chuté de plus de 11 %.     

Sébastien Lavoie, économiste en chef à la Banque Laurentienne, croit que la baisse des cours du pétrole pourrait stimuler l’économie mondiale à court terme.    

« Ce serait pire si les prix montaient », note-t-il.   

Malgré tout, M. Lavoie croit que les chances d’une récession mondiale ont augmenté avec la multiplication des cas de COVID-19. Ce pourrait être une « récession flash », comme celle qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001, ou un épisode plus prolongé dans l’éventualité où des capitales financières comme New York et Londres seraient durement touchées par le virus, précise-t-il.   

Les économistes s’attendent à ce que l’économie québécoise soit relativement épargnée. Le ministre des Finances, Éric Girard, a indiqué hier que son deuxième budget, qui sera déposé cet après-midi, ne sera pas teinté par la crise du coronavirus.   

Le premier ministre François Legault a toutefois précisé que le budget prévoira « des dépenses d’infrastructures importantes » afin de stimuler l’économie, vu l’incertitude actuelle.   

Parmi les pires baisses de l’histoire de la bourse de Toronto  

19 octobre 1987: -11,3 %  

Le « lundi noir »: un krach lié à une remontée des taux d’intérêt. Le Dow Jones avait plongé de 22,6 %.   

9 mars 2020: -10,3 %  

L’effondrement des cours du pétrole et le nouveau coronavirus font chuter les bourses mondiales.   

1er décembre 2008: -9,3 %  

Pire séance à la Bourse de Toronto pendant la crise financière de 2008.   

29 septembre 2008: -6,9 %  

Les marchés nord-américains dégringolent après un vote de la Chambre des représentants contre un plan de sauvetage des banques américaines.    

11 septembre 2001: -4,4 %  

Le jour des tragiques attentats terroristes, Toronto plonge avant que les transactions ne soient suspendues, une heure à peine après l’ouverture du parquet.