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Soumis aux Anglais et aux poltrons

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D’ici à quelques mois, les cinéphiles du pays seront soumis au bon vouloir de Cineworld, un géant britannique, ou à celui de petits distributeurs poltrons à la Louis Dussault, de K-Films Amérique. 

Cineworld et quelques rares distributeurs presque à l’article de la mort seront seuls à décider des films que nous pourrons voir dans nos salles de cinéma. Cineworld, qui a acheté Cineplex pour 2,1 milliards $ US, est désormais le plus gros propriétaire de salles en Amérique du Nord.

Avec ce géant, le choix des films s’effectuera uniquement sur une base business. Quant aux films d’auteur ou aux films plus marginaux sur lesquels Cineworld lèvera le nez, les distributeurs en feront sans doute l’acquisition selon leur « acceptabilité sociale ». Avec une alternative pareille, toute censure serait superflue.

En matière artistique, « l’acceptabilité sociale » est en train de devenir un critère incontournable. C’est pour ce motif, par exemple, que des poltrons à la Louis Dussault lèvent le nez sur J’accuse, le dernier film de Polanski. C’est pour ce motif aussi que Hachette a reculé devant quelques-uns de ses employés et décidé de ne pas publier les mémoires de Woody Allen. Pour cette raison enfin que de plus en plus de conférenciers sont bannis de nos universités, anciens lieux de liberté et de débats.

S’il en faut si peu pour que des entreprises et des universités se défilent, la première controverse venue, pensez-vous que Cineworld acceptera allègrement de diffuser des films dont la rentabilité est quasi nulle ? Bon an, mal an, seuls un ou deux films québécois sont rentables pour les propriétaires de salles qui sont pourtant les premiers à toucher les revenus d’un film.

CINEWORLD N’EN A RIEN À CIRER

Ce n’était pas déjà facile avec Cineplex de trouver des écrans pour un film canadien. Pour cause. Les films anglophones n’ont jamais fait plus que 4 % du box-office. Quant aux films québécois, s’ils ont toujours fait deux fois mieux que les films anglophones, c’est trop peu pour exciter les propriétaires de salles.

Parce que c’était une compagnie canadienne, parce qu’elle n’avait pas d’autre choix que de montrer une image de « bonne citoyenne », parce que son siège social était à Toronto, Cineplex a toujours été bon prince à l’égard du cinéma canadien. Ellis Jacob, son PDG, pouvait se laisser attendrir par un coup de fil d’une réalisatrice vedette comme Deepa Mehta, née en Inde comme lui. Ce ne sera pas le cas de Moshe Greidinger, PDG de Cineworld, installé à Londres avec tout son conseil, dont probablement aucun des 12 membres n’a vu un seul film québécois de sa vie.

DES PROMESSES PIEUSES

Comme la transaction nécessite l’approbation de Steven Guilbeault, responsable de la Loi sur Investissement lorsqu’il s’agit d’une industrie culturelle, les syndicats, en particulier ceux des réalisateurs, demandent au ministre de poser des conditions à la transaction. Ils voudraient, entre autres, que le siège social reste à Toronto, que l’entreprise contribue à la production de films canadiens et qu’elle appuie nos festivals de cinéma les plus importants.

Il y a peu de chances que le ministre Guilbeault réussisse à arracher plus que de pieuses promesses de la part de Cineworld. D’autant plus que M. Greidinger a déclaré qu’il n’achète pas Cineplex pour projeter des films canadiens devant des salles vides. Voilà qui n’annonce rien de bon.