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Bernie saura-t-il abandonner?

Bernie saura-t-il abandonner?
AFP

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Nous attendons encore la confirmation des votes pour l’État de Washington, mais l’annonce du gagnant ne changera rien à la froide réalité à laquelle Bernie Sanders est confronté depuis hier soir.  

Au-delà du nombre de délégués et du nombre d’États qui se retrouvent maintenant dans le camp de Joe Biden, le sénateur du Vermont réalise que ses appuis ont diminué depuis la campagne 2016. Il a peut-être sous-estimé le nombre de votes reçus, à l’époque, de la part d’électeurs qui ne voulaient rien savoir de Hillary. Joe Biden n’est pas Hillary, il polarise peu et présente une image plus crédible de rassembleur.  

La question n’est plus de déterminer si Biden sera le vainqueur, mais bien de savoir quand il le deviendra officiellement. Il suffit de regarder l’identité des États qui se prononceront la semaine prochaine pour constater à quel point l’avance de l’ancien vice-président est insurmontable. Personne n’imagine que Sanders puisse s’imposer en Illinois, en Ohio, en Floride ou en Arizona. Trois de ces États sont populeux, ce qui signifie que Joe Biden continuera de faire le plein de délégués.  

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Bernie est parfaitement conscient de sa situation et il sait compter. S’il est demeuré aussi longtemps silencieux depuis l’annonce de la défaite au Michigan, c’est qu’il se demande quel message il doit livrer à ses partisans. Il sait qu’il devra céder le passage, mais quand et comment le fait-on lorsqu'on est le meneur d’un mouvement aussi impressionnant et important que celui qu’il a développé?  

La pire erreur que pourraient commettre Joe Biden et ceux qui l’appuient serait de bousculer Sanders. Ce serait catastrophique pour l’unité de la formation politique, ainsi que sur le plan stratégique. Pour une rare fois, le Parti démocrate semble prêt à présenter un front uni, et Bernie a largement mérité qu’on le respecte. De plus, il serait contre-productif de s’aliéner ses partisans. Plusieurs d’entre eux seront profondément déçus, mais le parti doit s’assurer d’en retenir le plus grand nombre possible.  

Dans son allocution d’hier, Biden a ouvert la porte à la venue des partisans de Bernie. Le geste se voulait rassembleur, mais il faudra offrir quelque chose de plus concret. Les plus progressistes doivent sentir qu’on leur offre plus que de l’écoute.  

Peut-être que Sanders attend encore un peu pour mieux négocier son départ. On peut supposer que son équipe ou lui sont en contact avec le parti ou encore directement avec la campagne de Joe Biden. On peut parier que Sanders souhaite obtenir le plus de concessions possible avant de se ranger derrière le vainqueur comme il l’a promis.  

Le jeu des négociations est normal, mais, pendant qu’on négocie, d’autres échéances approchent. Avant le prochain Super Mardi, il y aura un débat dimanche prochain. Fera-t-on durer le suspense jusque-là? Que gagneraient les démocrates en ayant un débat supplémentaire au moment où le vainqueur est connu? Quel ton les deux hommes utiliseraient-ils? Ne risquerait-on pas d’exposer une fois de trop les piètres qualités de débatteur de l’ancien vice-président?  

Dans un scénario idéal, Sanders abandonnerait avant le prochain débat après avoir obtenu certaines garanties de la part de son rival. On peut penser à des modifications à la plateforme et à une représentation accrue d’éléments plus progressistes dans un cabinet Biden.  

Qu’on partage sa vision ou non, Sanders a inspiré tellement d’électeurs, tellement de jeunes, qu’on doit le respecter et offrir aux partisans déçus plus que de vagues promesses. Il y va peut-être de la victoire en novembre 2020.