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Un budget de tête et de cœur

Periode des questions
Photo Simon Clark Avec son deuxième budget plus «social», l’ère Legault s’annonce comme l’antithèse de l’ère Couillard.

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À quoi sert le pouvoir ? La question n’est pas anodine. Chez François Legault, avec son deuxième budget signé par son ministre des Finances, Eric Girard, la réponse se précise. Et, avec elle, les fondements de sa vision politique. 

On connaissait déjà le côté nationaliste « décomplexé » et pro-entrepreneuriat de cet ancien ministre péquiste et ex-cofondateur d’Air Transat. Le budget en révèle un autre. Celui d’un premier ministre plus interventionniste et plus « social » qu’on ne l’eût cru. 

Car s’il est vrai qu’il en a les « moyens » grâce au coffret public rempli en partie par l’austérité libérale, il n’en reste pas moins que les plus vulnérables en ont gravement souffert. Une grave injustice qui doit cesser. 

On peut ainsi dire que par le choix de ses politiques publiques et budgétaires, la « vision » Legault repose essentiellement sur trois piliers : la fierté nationale, la confiance collective et une solidarité intergénérationnelle, dont le budget dessine les principaux contours pour les prochaines années. 

La « vision » Legault 

Un élément-clé de ce troisième pilier est la santé, dont tout particulièrement les services sociaux. Après l’austérité et la déshumanisation des services sociaux sous l’ère Couillard-Barrette, c’est ici que le « virage » Legault se fait le plus sentir. Le budget débloque en effet de nouveaux fonds pour la Direction de la protection de la jeunesse, la lutte contre la violence faite aux femmes, les aînés et les proches aidants, majoritairement des femmes.  

Oubliées lors du premier budget caquiste, les familles naturelles de personnes déficientes intellectuelles adultes auront aussi droit à un meilleur soutien financier et à des services spécialisés. Sauf erreur, la pleine parité avec les familles d’accueil promise par M. Legault ne semble toutefois pas y être. 

Solidarité 

Il restera toutefois à en découvrir les détails. Quelles sommes iront à quels programmes et à quelles conditions ? Dans une société vieillissante, cette préoccupation de prendre mieux soin des nôtres mérite tout de même d’être saluée. 

D’autant plus qu’une brochette de services sociaux renforcés – la fameuse « première ligne » – contribue bien plus à la santé publique et à la lutte contre la pauvreté que les dépenses consacrées uniquement aux soins de santé. Bref, c’est un excellent investissement. Des études récentes l’ont amplement confirmé. 

Il restera aussi à voir comment le gouvernement entend trouver la main-d’œuvre nécessaire à tous ses nouveaux chantiers. Sans main-d’œuvre, même d’excellents investissements tombent à plat. 

Antithèse 

Résultat : le gouvernement devra rehausser les seuils d’immigration en conséquence tout en offrant aux travailleurs dits « expérimentés » de meilleurs incitatifs fiscaux pour les convaincre de rester actifs, même à temps partiel. 

Et le coronavirus ? Et un possible ralentissement économique ? Le message du ministre des Finances est à l’effet qu’il n’hésitera pas non plus à dépenser s’il faut en contrer les impacts négatifs. 

En cela, le pari caquiste est double. Dépenser là où il le faut quand il le faut. Miser sur la solidarité intergénérationnelle en partie par la reconstruction des services sociaux. Décidément, l’ère Legault est l’antithèse de l’ère Couillard.