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«Ceux qui se sont évaporés»: l’histoire d’une disparition volontaire

«Ceux qui se sont évaporés»: l’histoire d’une disparition volontaire
PHOTO COURTOISIE/Valérie Remise

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Il n’y a pas que les Îles-de-la-Madeleine qui sont victimes d’érosion. Ce phénomène affecte chacun de nous à divers degrés. Par conséquent, qui n’a jamais eu envie de tout plaquer, de changer de peau, de délaisser sa routine, de se refaire une nouvelle vie pour reprendre le terrain perdu? 

Présentée au Théâtre d’Aujourd’hui, la pièce «Ceux qui se sont évaporés» aborde avec réalisme, créativité, intelligence et sensibilité des questions qui touchent un large public. Cette création de Rébecca Déraspe porte sur ceux qui osent s’éclipser pour de bon sans avertir leurs proches, sans laisser de trace, et ceux qui doivent en assumer les conséquences. Cette idée est venue à l'auteure en apprenant l’existence de ce phénomène au Japon, où il est beaucoup plus répandu qu’ici. 

Le récit est centré sur Emma, une mère dans la trentaine qui mène une vie banale qu’elle ne peut plus supporter et qu’elle décide de quitter sans laisser de trace. Mais au lieu de seulement parler de son cas, l'œuvre aborde brièvement les histoires d’autres personnages. La narration est brillamment exploitée grâce à la contribution de chacun des sept principaux comédiens. Une excellente approche de la part du metteur en scène Sylvain Bélanger. 

Le fil conducteur est relativement facile à suivre et il est parsemé de moments inusités. Le texte de Rébecca Déraspe est adroit, maniant habilement l’intimité des personnages et des allusions politiques ou sociales souvent rigolotes. 

L’absence de scène, le décor volontairement manquant, un éclairage qui ne plonge pas le public dans l’ombre et la disposition des sièges favorisent également une proximité et une intimité sans pareil entre les spectateurs et les protagonistes. 

«Ceux qui se sont évaporés»: l’histoire d’une disparition volontaire
PHOTO COURTOISIE/Valérie Remise

Une distribution solide

Geneviève Boivin-Roussy offre une grande performance, tout en nuance, sous les traits de cette mère mal dans sa peau. Ses parents (Vincent Graton et Josée Deschênes) forment un duo extrêmement crédible, tandis que Reda Guerinik interprète son mari avec réceptivité. 

Ils sont accompagnés de Maxime Robin, Tatiana Zinga Botao et Élisabeth Chouvalidzé, qu’on aimerait certainement voir plus souvent sur les planches tant elle est vivante. Ces trois comédiens proposent chacun un jeu sans faille et une énergie qui vient compléter à merveille celle des proches d’Emma. 

Éléonore Loiselle interprète le dernier protagoniste à apparaître sur scène à la fin du spectacle. Sa prestation est solide, mais son arrivée peut paraître inutile même si certains apprécieront de boucler la boucle de cette manière. Malgré cette conclusion qui peut porter à débat quant à sa pertinence, cette pièce résolument contemporaine présente du théâtre épuré d’une grande qualité humaine et artistique. 

À voir absolument avant qu’elle ne s’évapore à la fin du mois. 

  • «Ceux qui se sont évaporés» est présentée jusqu’au 28 mars au Théâtre d’Aujourd’hui.