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Virus: le confinement peut-il sauver l’Italie ?

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ROME | « Demain, non seulement on nous admirera, mais on nous regardera comme un exemple positif. » Le Premier ministre Giuseppe Conte est convaincu que les mesures radicales décidées par son gouvernement permettront de freiner les contagions en Italie.  

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La péninsule est de très loin le pays le plus touché d’Europe, le deuxième au monde, avec plus de 800 morts et quelque 12 500 cas positifs. Ses 60 millions d’habitants ne peuvent se déplacer que pour raisons professionnelles ou impérieuses et tout rassemblement est interdit.  

Le confinement est-il efficace ?

« Les virus déclenchent des épidémies, mais ce sont les gens qui les entretiennent et peuvent donc les arrêter », explique la virologue Elisabetta Groppelli, maître de conférences en santé mondiale à la St. George’s University de Londres. 

« Les mesures de mise à distance ont eu un effet majeur à Wuhan (foyer de l’épidémie chinoise), ainsi que lors des précédentes épidémies telles que celle d’Ebola en Afrique et la grippe espagnole en 1918. » « Le blocage en Italie pourrait donc réussir à contenir et à ralentir le nombre de nouveaux cas, ce qui pourrait aussi réduire la pression sur les hôpitaux du pays », dit-elle. 

Combien de temps l’Italie doit-elle s’arrêter ? Giuseppe Conte a assuré que les résultats seraient visibles dans les deux semaines. En Chine, les mesures de confinement semblent avoir permis de contrôler l’épidémie, mais les scientifiques sont incertains sur la durée nécessaire en Italie.  

« Contrairement à la situation à Wuhan, où il était possible d’éviter l’épidémie mondiale, le Covid-19 se répand déjà dans le monde », explique Paul Hunter, professeur de médecine à l’Université d’East Anglia (UEA). « Ainsi, lorsque les restrictions en Italie seront assouplies, il pourrait encore y avoir un grand nombre de cas dans les pays voisins qui pourraient entraîner une nouvelle propagation en Italie. » 

Le retour chez eux d’Italiens du Sud est-elle inquiétante ?  

Samedi, les rumeurs ont fuité dans les médias sur le prochain confinement du nord de l’Italie, avant l’annonce officielle. Des milliers d’Italiens du sud qui y travaillent sont alors rentrés chez eux, susceptibles de ramener le virus chez eux. Même si les chiffres restent faibles dans le sud, cet exode est « grave » et « n’a sûrement pas aidé à contenir l’épidémie », a expliqué à l’AFP Roberto Burioni, professeur de virologie à l’Université Vita-Salute San Raffaele de Milan.  

Le Sud peut-il affronter la pandémie ?

Riche, la région de Milan, la plus touchée, dispose d’un des systèmes de santé les plus performants au monde. Pourtant, les médecins redoutent qu’il soit complètement débordé. Les hôpitaux du sud sont moins bien équipés et souffrent d’une pénurie de personnel même en temps normal. Environ « 40 % des postes de soins intensifs du sud sont virtuels en raison du manque de personnel et d’équipement », résume dans les médias italiens le Pr Alessandro Vergallo, président du syndicat des réanimateurs et des anesthésistes italiens. 

Quand sera atteint le pic épidémique ? Impossible à savoir. En s’appuyant sur des modélisations réalisées en 2009 sur la pandémie de H1N1, l’épidémiologiste Stefania Salmaso, de l’Institut supérieur italien de la santé, a avancé prudemment dans le quotidien Avvenire l’hypothèse d’une entrée du virus en Italie « vers la fin du mois de janvier » et un possible « pic à la mi-avril ».  

Pourquoi la létalité est-elle plus importante en Italie ?

Si l’on en croit le bilan de mercredi, le taux de létalité (nombre de morts rapportés au nombre de cas) est de 6,6 % en Italie, quand il était de 2 à 2,5 % en Chine.  

Mais face à cette pandémie, les anciens sont les plus fragiles. Or, l’Italie est un pays de seniors, le plus âgé d’Europe, en pleine dénatalité, avec un âge médian de près de 46 ans. Rapportés aux tranche d’âge, « les taux italiens sont en fait inférieurs à ceux des Chinois », a affirmé le directeur du département des maladies infectieuses de l’Institut supérieur de la santé Giovanni Rezza.