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Alerte au Coronavirus: Transat demande l’aide de l’État

L’entreprise a vu ses ventes chuter et ne sait pas combien de temps durera la crise

Air Transat
Photo Pierre-Paul Poulin Le PDG de Transat, Jean-Marc Eustache, a présidé hier à Montréal ce qui aura été, espère-t-il, la toute dernière assemblée des actionnaires de l’entreprise. À sa droite, le vice-président, affaires juridiques et secrétaire de la société, Bernard Bussières.

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Cherchant à protéger sa « viabilité », Transat a imploré hier les gouvernements de lui venir en aide alors que ses réservations sont en chute libre à cause de la pandémie de COVID-19.  

« On a besoin d’aide ! » a lancé hier le PDG de Transat, Jean-Marc Eustache, après l’assemblée annuelle du voyagiste.  

Depuis le 24 février, les ventes de Transat plongent. « Ça s’est accru de jour en jour et là, on est rendus à [une baisse] de 50 % par rapport à l’an dernier », a précisé la numéro 2 de l’entreprise, Annick Guérard, en ajoutant que de nombreuses annulations s’ajoutent à ce tableau.   

Pire crise depuis 2001  

Transat n’a pas connu une telle crise depuis les attentats du 11 septembre 2001. La direction a réagi en incitant « fortement » les salariés à prendre une journée de congé non payé par semaine afin d’éviter le plus de mises à pied possible.   

Les campagnes publicitaires ont été stoppées. « Quand la demande n’est pas là, c’est comme un coup d’épée dans l’eau », a lâché Mme Guérard.  

L’entreprise a également sabré ses dépenses non essentielles et ses voyages d’affaires, en plus de suspendre ses investissements. Plus tôt cette semaine, elle a reporté l’embauche de 125 agents de bord.   

Jusqu’ici, Transat a peu réduit son nombre de vols, mais il semble inévitable qu’elle doive le faire « pour minimiser les dégâts », a reconnu Annick Guérard. Il importe plus que tout de sauver la saison estivale, la plus payante de l’année.  

« On fera ce qu’il faut pour s’assurer d’utiliser nos réserves de trésorerie le plus efficacement possible et se donner le maximum de chances de passer cette période-là », a promis le chef des finances, Denis Pétrin.   

Or, l’éclosion du coronavirus entraîne une hausse de certaines dépenses, notamment pour la désinfection des avions et la mise en quarantaine du personnel navigant ayant côtoyé des passagers contaminés.  

Au 31 janvier, Transat avait 682 M$ dans ses coffres, mais cette somme pourrait fondre si la crise devait se prolonger.  

« Subventions »  

Transat demande donc à Ottawa et à Québec de lui accorder des « subventions » afin de pouvoir continuer à payer ses travailleurs, malgré une perturbation majeure de ses activités. Transat emploie plus de 5600 personnes et sa masse salariale dépasse les 400 M$ par année.  

L’entreprise presse également le gouvernement fédéral de réduire temporairement les frais aéroportuaires et les redevances de navigation.  

L’Association internationale du transport aérien (IATA) réclame, elle aussi, l’aide des gouvernements, soulignant que l’industrie emploie 2,7 millions de personnes dans le monde.  

Lundi, la ministre fédérale du Développement économique, Mélanie Joly, a rencontré les PDG d’Air Canada et de WestJet pour discuter de la crise. « Nous évaluons comment nous pouvons atténuer les impacts », a-t-elle déclaré le lendemain.  

OTTAWA PRIÉ DE PESER SUR L’ACCÉLÉRATEUR  

Même s’ils se disent absolument convaincus qu’Air Canada ne se désistera pas de son entente pour acheter Transat au coût de 720 millions de dollars, les dirigeants de l’entreprise souhaitent qu’Ottawa appuie sur l’accélérateur dans son examen de la transaction.  

L’analyse du gouvernement « prend énormément de temps », a déploré la chef de l’exploitation de Transat, Annick Guérard.   

Or, avec la crise causée par le coronavirus, « plus le temps avance, plus les compagnies aériennes à l’échelle mondiale deviennent vulnérables », a-t-elle insisté, en notant que 19 transporteurs ont fait faillite en 2019.  

Pourtant, Transat assure que son contrat avec Air Canada empêche fermement cette dernière d’annuler la transaction à cause d’une crise affectant l’ensemble de l’industrie ou d’une épidémie.  

« Aujourd’hui, il n’y a rien qu’ils [Air Canada] peuvent faire, ils doivent faire la transaction, a martelé le PDG, Jean-Marc Eustache. Nos actionnaires l’ont approuvée, tout le monde est d’accord et je pense qu’ils veulent la faire. »  

M. Eustache a assuré qu’il n’y avait aucune discussion avec Air Canada pour revoir l’entente. « Renégocier avec Air Canada ? Pour quelle raison ? » a-t-il lancé, frondeur.  

Effondrement  

Les investisseurs se demandent pourtant si l’effondrement simultané des bourses et de l’industrie aérienne n’auront pas raison de la transaction.  

L’action de Transat a perdu 17 % hier alors que celle d’Air Canada a reculé de 9 %. Hier matin, le titre de Transat est descendu sous la barre des 10 $, bien loin des 18 $ qu’Air Canada s’est engagée à verser aux actionnaires du voyagiste.  

« Transports Canada doit conseiller le ministre [Marc Garneau] d’ici le 2 mai. Nous travaillerons avec diligence pour que ce processus suive son cours le plus rapidement possible », a assuré hier un porte-parole du ministère, Alexandre Desjardins.