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La maîtrise de soi au temps du COVID-19

Le pire, mais surtout le meilleur de nous-mêmes.

La maîtrise de soi au temps du COVID-19

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La peur est un moteur extraordinaire. Elle peut nous sauver la vie comme elle peut nous pousser tout droit à notre perte. C’est une énergie fabuleuse qui se dirige et s’instrumentalise, mais qui se rationalise et se maîtrise, également. En ces temps troublés par la propagation du COVID-19, entre les mesures qui semblent extrêmes et incohérentes aux uns et dérisoires et insuffisantes aux autres, je remarque que lorsqu’une crise s’abat, il y a une chose qui demeure immanquablement certaine : elle révèle à coup sûr le pire comme le meilleur de nous-mêmes.   

  

Pensons à la crise du verglas, en 1998, qui a d'abord mis en exergue la fourberie malveillante des petites crapules opportunistes en tout genre, qui ne voyaient là qu’une belle occasion de faire la piastre sur le dos des plus éprouvés, mais qui a surtout révélé un puissant et très efficace esprit de concertation, de débrouillardise et de solidarité entre le Québec, ses régions les plus touchées et son gouvernement, qui est littéralement passé à l’histoire. La crise engendrée par le COVID-19, quant à elle, me laisse entrapercevoir une majorité calme et intelligente, qui a peur, oui, mais qui prend néanmoins sur elle.   

  

On me dira bien que je fabule et que je ne vois pas clair. Que je n’aie qu’à ouvrir la télévision ou à me promener sur les réseaux sociaux pour constater que, entre les plus effrayés, qui dévalisent compulsivement les magasins et ceux qui iraient jusqu’à lécher la rampe d’un métro pour prouver qu’ils n’ont peur de rien, on semble loin de la population sereine et apaisée devant la crise. Je ne vous donne pas tort, mais au-delà de ce qu’on voit et de ce qu’on entend aux nouvelles, je reconnais, sous le tapage, l’un de nos traits de personnalité nationale les plus fondamentaux : notre calme héréditaire.  

  

Ce n’est pas que nous nous ignorons ce qu'est la peur ou que nous n’essuyions jamais de dérapage ou de débordements émotifs, ce n’est pas ce que je dis. Seulement, je constate que, depuis toujours, la somme de nous ne s’abandonne pas facilement à l’hystérie et à la panique. Après tout, c’est bien connu qu’au Québec, on s’énerve tranquillement, sans doute parce qu’on a déjà vu neiger, et pas rien qu’un peu. Combien de fois nous le sommes-nous reproché, d’ailleurs, puisque ce calme est souvent tenu responsable de nous avoir fait manquer des trains importants?   

  

Si ç’a malheureusement tendance à mettre en lumière le fait que nous sommes généralement trop peu prêts et équipés pour parer à toute éventualité, ça reste néanmoins un trait de caractère québécois dont je suis très fière, car si c’est vrai que ce comportement nous a déjà nui dans le passé, j’observe, en contrepartie, qu’il nous a également permis de survivre à tout. Qui plus est, l’histoire a déjà fait mille fois l’exemple des bavures odieuses et des catastrophes supplémentaires qu’engendre systématiquement la peur partout où elle prend le contrôle des cœurs et des esprits.   

  

Bien sûr, on me pointera bien l’urgence et la gravité des évènements et de leurs conséquences pour justifier le bien-fondé de cette peur. Loin de moi l’idée de nier ou de minimiser ce qui se passe, mais je ne peux m’empêcher de me dire que le calme est et demeurera notre meilleur outil, quoi qu’il arrive, car il n’induit en aucun cas l’inconscience, l’inaction et l’imprudence. Choisir le calme, au détriment de l'emportement général, veut seulement dire de demeurer en contrôle de soi, d’observer un juste milieu entre l’hystérie et la nonchalance, et surtout de garder la tête froide, malgré les nouvelles épeurantes.   

  

D’accord, nous n’avons peut-être pas toutes les structures médicales et les ressources nécessaires, advenant le cas que ça éclate méchamment, ici. D’accord, nous avons un premier ministre canadien qui ne se presse pas plus qu’il faut pour protéger le Québec et c’est probablement ce qui fait le plus peur dans cette histoire, je le comprends bien. Mais ce calme québécois, cette force de caractère, nous protège bien davantage que toutes les bouteilles de Purell du monde. Il nous fait agir de manière réfléchie et responsable pour soi comme pour les autres et nous pousse à nous serrer les coudes, à défaut de nous serrer la main.   

  

Demeurons calmes, attentifs et vigilants. Restons en maîtrise de nous-mêmes et ne laissons pas notre raison collective et individuelle partir en vrille. C’est notre pouvoir populaire le plus concret et la meilleure façon d’appuyer ceux et celles qui, à Ottawa, talonnent et travaillent aux corps les instances qui ont fait preuve de haute négligence à l’égard du Québec, ainsi que ceux et celles, ici, qui ont pour mandat et devoir de nous faire traverser cette crise avec succès.   

  

Soyons responsables et bienveillants, et nous passerons au travers de celle-là aussi. Et enfin, je suis persuadée que le COVID-19, à l'instar de tout ce à quoi nous avons eu un jour à faire face, nous donnera une preuve supplémentaire qu’au Québec... on n’est pas tuable.