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Coronavirus: bloqués à la frontière terrestre entre l'Afrique et l'Europe

Coronavirus: bloqués à la frontière terrestre entre l'Afrique et l'Europe
Photo AFP

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Fnideq | «On est perdus!» lance David, un touriste italien, désemparé: ce motard de 33 ans est bloqué à Fnideq (nord du Maroc), devant une des deux frontières terrestres avec l'Espagne, subitement fermées à cause de la pandémie de la COVID-19.  

Dans l'espoir de limiter les contaminations, le royaume a pris une série de mesures à effet immédiat pour limiter les déplacements en provenance de l'étranger.   

Les liaisons aériennes et maritimes vers la France, l'Algérie et l'Espagne ont été suspendues vendredi, jusqu'à nouvel ordre, et les seules frontières terrestres entre l'Afrique et l'Union européenne ont été fermées.  

La fermeture surprise a contraint de nombreux Espagnols à sortir de façon précipitée du royaume jeudi soir, tandis que les travailleurs journaliers marocains s'empressaient de regagner leur pays dans l'autre sens.  

Les points de passage terrestre sont surtout fréquentés en été, mais le trafic ne s'interrompt jamais entre les deux rives de la Méditerranée. Environ 473 000 arrivées terrestres ont été enregistrées, en 2019, aux postes-frontière de Ceuta et Melilla, soit environ 7% des entrées au Maroc, selon les chiffres de l'Observatoire du tourisme.  

Désormais, un barrage policier bloque l'accès à la frontière, tandis que des barbelés destinés à stopper les passages de migrants courent à travers champs et forêts.   

«Rien à faire»  

«On a essayé d'aller en Espagne car les liaisons avec l'Italie sont suspendues, mais maintenant, on ne peut plus rien faire», déplore David, arrivé, début mars, pour faire le tour du royaume en moto, avec sa compagne. L’Italien se retrouve coincé dans le stationnement d'une station-service, à quelques kilomètres de l'entrée du port de Ceuta, où il espérait prendre un ferry.   

La frontière vers Ceuta, comme celle de Melilla, a été rouverte, vendredi, aux seuls Espagnols pour leur permettre de rentrer chez eux. Quelques touristes passent, mais pour le reste, le poste-frontière, habituellement bondé, qui sépare la ville marocaine de Fnideq à Ceuta, est désert.   

Dans le stationnement, de la station-service, quelques camping-cars immatriculés dans différents pays européens attendent que la situation débloque.  

«On ne sait pas combien ça va durer, on ne nous dit rien», s'inquiète René, un Français de 71 ans, qui a appris la nouvelle «à la radio».   

Arrivé début novembre avec son épouse, le retraité s'inquiète pour la validité de son permis de séjour et pour ses médicaments, qui tirent à leur fin. «Il fait beau. Il y a sûrement moins de cas de coronavirus au Maroc qu'en France, si on nous dit toute la vérité», dit-il pour se consoler.   

Le Maroc reste relativement épargné avec 7 cas détectés par les autorités sanitaires, dont un décès et une guérison. L'Espagne et la France font en revanche partie des pays européens les plus touchés en Europe, désormais au cœur de la pandémie.  

«Qui paiera?»  

Côté espagnol, des Marocains s'impatientent et ne comprennent pas «pourquoi le Maroc ne les laisse pas entrer». «S'il faut prendre une chambre d'hôtel, qui paiera?» s’interroge un homme qui aimerait rentrer chez lui.   

La journée de vendredi a été marquée par des moments de tension: une cinquantaine de personnes ont tenté de faire pression en s'asseyant sur une route avant que la garde civile espagnole ne dégage l'accès au poste-frontière.  

Côté marocain, Dick, un septuagénaire néerlandais aux grands yeux bleus, semble moins contrarié: «Si, demain matin, on ouvre la frontière, on passera, sinon, on est bien dans le camping-car», lance-t-il avec un grand sourire.  

À une trentaine de kilomètres à l'ouest, le trafic de camions et des conteneurs se fait normalement dans le grand port de Tanger Med, mais les liaisons des transbordeurs passagers vers l'Espagne ont également été suspendues.   

Les restrictions aériennes et maritimes suscitent une grande inquiétude chez les professionnels du tourisme, secteur clé de l'économie marocaine, qui représente environ 10% du PIB et une source importante de devises.