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Coronavirus: le doute plane sur Tokyo 2020

La pandémie de la COVID-19 fait craindre un report ou une annulation des Jeux olympiques l’été prochain

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Photo AFP Des touristes portant des masques se photographient devant les anneaux olympiques installés au Odaiba Seaside Park, à Tokyo.

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«Inconcevable», «impensable», «il n’en a jamais été question» ; les dirigeants olympiques continuent de clamer un «holà!» sur l’idée de reporter ou même d’annuler les Jeux de Tokyo. Trop tard : le coronavirus infecte déjà les Jeux avec ses doutes d’une ampleur jamais vue depuis les annulations causées par les deux guerres mondiales.  

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«Qu’on dise que c’est inconcevable à l’heure actuelle, c’est sans doute pour rassurer. Maintenant, ce sera intéressant de voir, selon l’évolution de la maladie, s’il est inconcevable de continuer durant les mois à venir», observe Frank Pons, professeur titulaire à l’Université Laval et directeur de l’Observatoire international en management du sport (OIMS).  

Un précédent   

Depuis les premiers Jeux de l’ère moderne en 1896, seules les Première et Deuxième Guerres mondiales ont forcé des annulations. L’institution héritière de Pierre de Coubertin a traversé durant un siècle boycottages, prises d’otages, menaces terroristes, divers types d’épidémies et autres esprits frappeurs, mais la pandémie actuelle exerce bel et bien une pression sur le rendez-vous planétaire prévu dans la capitale du Japon, du 24 juillet au 9 août.  

Même avant le tsunami d’annulations et de reports d’événements et de matchs qui ont marqué l’actualité sportive internationale durant la dernière semaine, certains questionnements venant de personnes hautement placées avaient émergé.  

«Oui, il y a une crainte»   

Le Montréalais Dick Pound, membre ténor du Comité international olympique (CIO), a lancé les premières notes du concert en prétendant que le CIO devait se donner la fin du mois de mai comme échéance pour décider de la tenue des Jeux. L’Australien John Coates, président du comité de coordination des Jeux de Tokyo et ancien vice-président du CIO comme Pound, a évoqué la même limite.  

«Durant les deux prochains mois, il faudra répondre aux questions : contrôlons-nous suffisamment la situation pour pouvoir nous rendre sans risque à Tokyo?» a demandé Pound dans une entrevue à l’agence Associated Press, le 25 février.  

Dans les jours suivants, le président du CIO, Thomas Bach, avait sorti l’extincteur pour atténuer ces propos. Jeudi, il a toutefois usé de plus de circonspection lorsqu’une chaîne de télévision allemande l’a questionné sur un éventuel report exigé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).  

«Nous suivrons les recommandations (de l’OMS)», a-t-il assuré.  

«Oui, il y a une crainte, même si, officiellement, on minimise la possibilité d’annulation pour l’instant», estime Frank Pons, questionné à savoir si les scénarios les plus catastrophiques sont envisagés au CIO et au comité organisateur.  

«Derrière les portes closes, et malgré le ton qui se veut rassurant parce qu’ils n’ont pas vraiment le choix étant donné qu’on est encore assez loin de l’événement, il y a des discussions et des plans de contingence sur ce qu’on devrait faire si la situation empirait. On n’a pas le choix d’avoir des cellules de crise prêtes à activer des décisions», affirme ce spécialiste.  

Incertitude grandissante   

Différentes épreuves de qualification relocalisées ou reportées dans certaines disciplines contribuent à l’incertitude sur le sort de Tokyo 2020.  

La traditionnelle cérémonie d’allumage de la flamme olympique, jeudi dernier, à Olympie en Grèce, s’est déroulée sans public pour la première fois depuis 1984. Le matin même, les autorités du pays avaient confirmé un premier décès lié à la COVID-19.  

Les cas d’annulation d’événements ou de suspension d’activités de ligues professionnelles se sont multipliés ces derniers jours, sans compter les multiples restrictions sur les rassemblements publics imposées par des gouvernements. Dans cette vague universelle de bouleversements, le statut de pandémie décrété par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne semble pas ébranler les murs de Tokyo pour l’instant.  

«Je ne peux pas dire qu’il n’y aura pas d’impact», a reconnu jeudi la gouverneure de Tokyo, Yuriko Koike. «Mais je crois qu’une annulation est impossible», a-t-elle ajouté.  

«On ne doit pas mettre en danger la vie des gens pour la réalisation d’un événement sportif, aussi grand soit-il, soutient Frank Pons. C’est ça qui devrait guider le CIO et le comité local d’organisation. C’est ce qui les guide, sans doute, mais en même temps, vous avez une force sous-jacente économique, logistique, politique et autre qui va essayer de demander à trouver une solution alternative.»