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Le point de bascule

coronavirus Legault Arruda
Photo Agence QMI, Simon Clark On croirait voir renaître le tandem Lucien Bouchard et André Caillé, qui faisait le point quotidiennement lors de la crise du verglas en 1998.

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Même si les décisions draconiennes d’interdire les rassemblements intérieurs et de fermer les écoles et les garderies ne sont pas faciles à prendre, le bureau du premier ministre Legault n’a pas hésité une seconde. Et on va probablement le remercier... 

«Il y a des décisions normalement qu’on devrait mûrir plus longtemps, mais là, il faut les prendre parce que c’est là que ça se passe», a résumé une source présente lors des discussions en cellule de crise pendant cette semaine folle. 

Ça paraît aujourd’hui une éternité, mais pas plus tard que mardi dernier, le gouvernement Legault présentait un budget digne du mouvement jovialiste, prévoyant une hausse de croissance de 2 pour cent et des prix du pétrole stables, dans un huis clos rassemblant des centaines de personnes. 

Dans les hautes sphères du gouvernement, on estimait encore qu’il n’y avait pas lieu de craindre vraiment pour l’économie du Québec. 

«On se disait qu’il fallait être prêt, être proactif, mais qu’il ne fallait pas céder à la panique, contribuer à la peur», explique-t-on.  

La donne change 

Puis, en début de soirée ce jour-là, le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, a présenté les plus récents développements dans la crise à travers le monde, puis des scénarios qui ont vite convaincu l’état-major de changer de registre. 

Avec François Legault étaient présents le secrétaire général du Conseil exécutif Yves Ouellet, le chef de cabinet Martin Koskinen, la directrice adjointe Claude Laflamme, puis le directeur des communications Manuel Dionne.  

Danielle McCann était accompagnée de son chef de cabinet, Jonathan Valois, et du sous-ministre à la Santé Yvan Gendron. 

La réunion au sommet a duré environ une heure et demie. 

Selon les échos de cette rencontre, malgré la gravité de la situation, François Legault n’a pas paru découragé. Et on sait que son homme de confiance Koskinen est du type à demeurer la tête froide en toutes circonstances. 

Il y a eu bien sûr gradation depuis le début de la crise. Les mandarins avaient imaginé des scénarios dans lesquels des mesures draconiennes pourraient être prises, mais on admet que «ça paraissait loin», avant un certain point de bascule. 

«L’ampleur de la chose qui nous attendait prenait racine et plus on se disait qu’on allait vivre des moments qu’on n’aurait pas crus possibles.» 

Bien sûr, l’ampleur n’est pas comparable, mais quelques situations de gestion de crise ont permis à la jeune équipe gouvernementale de se roder. 

Les inondations, les pannes majeures de courant, la crise avec les autochtones, tout cela a permis de développer une chimie au sein du nouveau gouvernement.  

Bien des employés de l’exécutif et des cabinets ministériels les plus touchés ont été avisés de demeurer à Québec pour faciliter la tenue de réunions de crise. 

Nouvelle réalité 

Maintenant, nous sommes entrés dans une nouvelle réalité. Les choses ont changé. Abruptement. 

Autant le premier ministre et son ministre des Finances ont paru décalés lors du budget, autant François Legault a eu le ton juste en annonçant jeudi et vendredi les sacrifices exigés des Québécois. 

Avec un Horacio Arruda à la fois clair et direct, en pleine maîtrise, on croirait voir renaître le tandem Lucien Bouchard et André Caillé, qui faisait le point quotidiennement lors de la crise du verglas en 1998. 

Jusqu’ici, le premier ministre et le directeur de la Santé publique ont été suffisamment inspirants pour donner envie de faire la guerre avec eux. 

Il le faut, parce que le quotidien des Québécois a été chamboulé.  

Et il risque de l’être pour des semaines encore...